L’étrangleur
Le 12 avril 2015
Ce réquisitoire contre la peine de mort, semi-documentaire, est l’une des réussites de Claude Lelouch.


- Réalisateur : Claude Lelouch
- Acteurs : Catherine Samie, Caroline Cellier, Marcel Bozzuffi, Amidou, Janine Magnan, Rita Maiden
- Genre : Noir et blanc, Drame carcéral
- Nationalité : Français
- Distributeur : Les Artistes Associés
- Editeur vidéo : Filmedia
- Durée : 1h55mn
- Date de sortie : 29 janvier 1969

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Résumé : François Toledo, un ouvrier dans une usine d’automobiles, marié et père de famille, tombe sous le charme de Janine, sa collègue de travail. À trois reprises, François a étranglé des prostituées, mais il est dénoncé par sa belle-mère...
Critique Après les succès d’Un homme et une femme (1966) et de Vivre pour vivre (1967), Claude Lelouch put mener à bien un projet plus personnel et moins commercial, sans stars ni esbroufe, et qui apparaît rétrospectivement comme l’une de ses meilleures œuvres. Sur le papier, le récit s’apparente au film à thèse contre la peine capitale, à l’instar de Nous sommes tous des assassins (1952) d’André Cayatte ou La dernière marche (1995) de Tim Robbins. Loin de la démarche démonstrative de ces références, Lelouch opte pour l’essentiel, à savoir le filmage de l’inhumanité de l’attente des couloirs de la mort et de la barbarie de la guillotine. On est ici plus proche du ton documentaire adopté par Nagisa Oshima dans La pendaison (1966) ou Krzysztof Kieslowski dans Tu ne tueras point (1988). Le réalisme des séquences judiciaires et carcérales est d’ailleurs appuyé par le concours de professionnels (policiers, avocats, juges, aumôniers...), et un tournage évitant le plus que possible la reconstitution en studio. Pourtant, on est aussi en terrain connu de la marque de fabrique lelouchienne, cette histoire d’ « un homme, une femme, une maîtresse » étant agrémentée de la musique légère de Francis Lai et de passages un brin mélodramatiques, compensés toutefois par une distanciation peu habituelle dans son cinéma. Occultant les scènes de procès et l’histoire criminelle à proprement parler, Lelouch préfère se concentrer sur un cas de détresse et choisit un montage elliptique et des flash-back récurrents : ils ne sont pas sans évoquer le Resnais de Je t’aime, je t’aime ou le Sautet des Choses de la vie, réalisés à la même époque. On appréciera aussi la brève description du monde ouvrier de la fin des années 60, caractéristique du cinéma post-soixante-huitard, de Bernard Paul à Alain Tanner, et qui donne ici une touche déterministe à cette radioscopie d’un assassin. Il faut enfin souligner que Lelouch est aussi (et surtout ?) un remarquable directeur d’acteurs. Auprès de la délicieuse débutante Caroline Cellier et de l’impeccable Marcel Bozzuffi en policier tenace, Amidou dans le rôle principal est d’une rare sensibilité. Et l’on ne peut que regretter que le cinéma français n’aie pas davantage utilisé son talent subtil.