Le 17 mars 2020

- Acteur : Suzy Delair
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La pétulante actrice, excellente interprète de Clouzot, Grémillon et Oury, était âgée de 102 ans. Les cinéphiles garderont notamment le souvenir de Jenny Lamour dans Quai des Orfèvres.
News : Suzy Delair avait connu le vedettariat au cinéma des années 40, jusqu’au milieu des années 50, une période s’étendant des heures sombres de l’Occupation aux derniers temps d’un cinéma pré-Nouvelle Vague. Elle était l’une des meilleures de sa génération, et l’on peut regretter qu’elle n’ait pas eu une carrière aussi dense que celles d’une Darrieux ou d’une Presle, même si sa filmographie comporte plusieurs pépites, et bien qu’elle ait été active de 1930 à 1987, au cinéma (jusqu’en 1976), ainsi qu’à la scène puis à la télévision. C’est Henri-Georges Clouzot qui la propulsa tête d’affiche en lui confiant le rôle de l’emmerdeuse Mila Malou dans sa comédie policière L’Assassin habite au 21 (1942), où elle était la partenaire de Pierre Fresnay. Clouzot, qui partageait aussi sa vie, lui donna également son plus beau rôle, Jenny Lamour dans Quai des Orfèvres (1947), où elle affrontait Louis Jouvet et Bernard Blier. Dans ce grand classique de l’après-guerre, elle chantait « Avec son tralala », qui devint un fleuron de la chanson populaire. Car Suzy Delair était aussi une chanteuse à succès, reine de l’opérette, du music-hall et des cabarets, dans un répertoire aujourd’hui désuet mais qui garde le charme des ritournelles rétro. Douée pour le drame aussi bien que la comédie, cette actrice populaire restera aussi dans les annales du cinéma pour ses compositions avoureuses dans Copie conforme (1947) de Jean Dréville, Pattes blanches (1949) de Jean Grémillon, Lady Paname (1950) de Henri Jeanson, où Gervaise (1956) de René Clément. À partir des années 60, elle se fit plus rare au cinéma mais obtint de bons seconds rôles dans Rocco et ses frères (1960) de Luchino Visconti et Les Aventures de Rabbi Jacob (1973) de Gérard Oury, en épouse dentiste de Louis de Funès. Au théâtre, elle a joué Offenbach, Tchekhov et Françoise Dorin, et fut dirigée par Jean-Louis Barrault, Jacques Charon, Jean Le Poulain, Jean-Christophe Averty et François Périer. Le 6 décembre 2004, la Cinémathèque française lui avait rendu un hommage, en sa présence.