Le 16 juin 2021


- Scénariste : Baptiste Deyrail>
- Dessinateur : Baptiste Deyrail
- Genre : Chronique sociale
- Editeur : Actes Sud - L’An 2
- Famille : Roman graphique
- Date de sortie : 18 novembre 2020
Baptiste Deyrail dresse le portrait de la Manufacture d’armes de Saint-Étienne dans les années 1960 à travers la pratique de la « perruque ».
Résumé : Jean est un ouvrier qualifié de la fameuse Manufacture d’armes de Saint-Étienne, un lieu stratégique pour l’armée française où l’on fabrique des chars d’assauts et le fusil MAS49, l’ancêtre du FAMAS, qui sont notamment utilisées pendant la guerre d’Algérie. Comme la plupart de ses collègues, Jean pratique la « perruque » pendant son travail, c’est-à-dire qu’il utilise les machines et le matériaux de la société pour fabriquer des objets personnels. Les ouvriers fabriquent généralement en perruque des jouets ou des petits meubles en bois ou en métal. Particulièrement talentueux, Jean décide de fabriquer, pièce par pièce, le moteur d’un navire à bord duquel il rêve de partir vers des horizons moins gris que ceux de l’usine...
Dans les pas de la Manu redonne vie à la Manufacture d’armes de Saint-Étienne, fermée en 2001 et où ont travaillé jusqu’à 11 000 ouvriers durant les Trente Glorieuses. À travers la vie de ce symbole emblématique, Baptiste Deyrail conçoit une intrigue immersive et un portrait bien documenté de la France industrielle des Trente Glorieuses. Il faut dire que l’auteur est familier des lieux qu’il dépeint. En effet, l’École des Beaux-Arts de Saint-Étienne dont Baptiste Deyrail est issu occupe l’ancien atelier d’assemblage des armes de la Manufacture. L’auteur s’intéresse toutefois davantage au monde ouvrier et à ses pratiques qu’à l’histoire de la société elle-même, qui forme la toile de fond de l’intrigue.
- Baptiste Deyrail – Actes Sud l’An 2
Contrairement à la majorité des bandes dessinées qui s’intéressent au monde ouvrier, Dans les pas de la Manu ne met pas en scène les combats syndicaux mais privilégie la vie quotidienne des hommes. Le récit se développe autour de Jean, un as de la « perruque », une pratique très courante dans le monde ouvrier. Pour réaliser son rêve de construire par lui-même un navire avec des matériaux de l’usine, Jean sollicite ses camarades, avec lesquels il partage l’essentiel de son temps libre dans les troquets de la ville. Avec cette intrigue, Baptiste Deyrail retrace les contraintes physiques et morales qui pèsent sur les ouvriers au travail et leurs conséquences – en premier lieu l’alcoolisme – mais aussi l’ingéniosité de ces mêmes ouvriers pour contourner les règles. Dans les pas de la Manu s’attarde aussi sur les transformations à l’œuvre au sein de l’établissement, avec l’automatisation des machines qui annonce le déclin du monde ouvrier.
- Baptiste Deyrail – Actes Sud l’An 2
Baptiste Deyrail utilise la technique du monotype sur zinc pour mettre en images son histoire, une technique de gravure rarement employée en bande dessinée que le dessinateur maîtrise parfaitement. Ce procédé confère une densité et une profondeur aux planches dont les tons rappellent parfois l’expressionnisme allemand de l’entre-deux-guerres. Ces gravures font très bien ressortir la grisaille de la vie dans l’entreprise et ses difficultés, un des thèmes fort de la BD. En revanche, l’utilisation systématique de tonalités sombres tend à assombrir le propos et s’avère un peu moins adaptée pour représenter certains passages plus lumineux, à l’image de la belle conclusion du livre.
Forte d’un graphisme original, Dans les pas de la Manu est une belle restitution du monde quotidien de l’usine et des transformations qui touchent progressivement la France industrielle des Trente Glorieuses.
232 pages - 28 €