Le 15 mai 2015

- Festival : Festival de Cannes 2015
Pour cette troisième journée du Festival de Cannes 2015, le pape grec du bizarre Yorgos Lanthimos prône à demi-mot l’anarchisme. Pendant que Woody, fidèle à lui-même, tente de nous faire croire qu’autre chose que le sexe anime ses films. Tout un programme.
Pour cette troisième journée du Festival de Cannes 2015, le pape grec du bizarre Yorgos Lanthimos prône à demi-mot l’anarchisme. Pendant que Woody, fidèle à lui-même, tente de nous faire croire qu’autre chose que le sexe anime ses films. Tout un programme.
Yorgos Lanthimos, le réalisateur de The Lobster (en lice pour la Palme), et Woody Allen, qui présentait ce vendredi L’homme irrationnel hors compétition sur la Croisette, n’ont a priori rien en commun. Alors que le premier s’évertue à démontrer en quoi nous courrons tous quoi que nous fassions à notre perte, le second s’amuse à décortiquer les rituels petit bourgeois pour en révéler la nature profonde, évidemment moins glamour qu’il n’y paraît. Les deux hommes partagent cependant un pessimisme quasi constitutif à l’égard du monde. En soi, pour eux, rien ni personne n’est innocent. Seul l’amour pourrait sous sa forme originelle à leur sens résoudre ce problème cornélien. Si ce n’était la présence inévitable de la pulsion libidinale – représentée comme un besoin physiologique chez Lanthimos et comme une fin en soi dans tout rapport social chez Allen (qu’on se souvienne de la scène du télescope de l’observatoire dans Magic in the Moonlight).
Comme nous l’avons écrit dans notre critique, The Lobster risque de ne pas surprendre les habitués de Yorgos Lanthimos, la faute à un système éculé. Même chose chez Woody Allen, qui réaffirme avec L’homme irrationnel que l’Homme ne cherche au fond qu’à assouvir ses pulsions sexuelles. De part et d’autre, néanmoins, les deux réalisateurs donnent à voir des images stupéfiantes. Même si Abe, le nihiliste romantique incarné par Joaquin Phoenix n’existe pas en tant que tel pour Allen, l’apercevoir surplombant la mer, magnifié par la lumière de Khondji, donne envie d’y croire. Quant à la folle échappée de Colin Farrell et Rachel Weisz, amants bravant l’impossible au détour des herbes folles, leur jusqu’au boutisme émeut. Autant de séquences que nous ne sommes pas prêts d’oublier.
Le gros morceau de la journée était aussi Saul Fia, film de Laszlo Nemes en compétition proposant une nouvelle façon de représenter la Shoah. Les premières réactions évoquent un véritable choc, et placent le long métrage parmi les favoris. Critique à venir.
Samedi, les festivaliers ont notamment rendez-vous avec Nanni Moretti (Mia Madre) et Gus Van Sant (La forêt des songes). Deux rendez-vous incontournables qui ne manqueront pas d’être chroniqués dans nos colonnes.
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