Yakuzas Return
Le 19 mars 2024
Takeshi Kitano retourne au film de yakuzas qui ont fait sa renommée. Sans surprise mais efficace.


- Réalisateur : Takeshi Kitano
- Acteurs : Takeshi Kitano (Beat Takeshi), Ryō Kase, Jun Kunimura, Kippei Shîna, Fumiyo Kohinata
- Genre : Drame, Action, Thriller, Film de gangsters
- Nationalité : Japonais
- Distributeur : Metropolitan FilmExport
- Durée : 1h49mn
- Titre original : Autoreiji
- Date de sortie : 24 novembre 2010
- Festival : Festival de Cannes 2010

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Résumé : Dans une lutte impitoyable pour le pouvoir, plusieurs clans yakuza se disputent la bienveillance du Parrain. Les caïds montent dans l’organisation à coups de complots et de fausses allégeances. Otomo, yakuza de longue date, a vu évoluer ses pairs : des tatouages élaborés et des phalanges sectionnées, ils sont passés à la haute finance. Leur combat pour arriver au sommet, ou du moins pour survivre, est sans fin dans un monde corrompu où règnent trahison et vengeance. Un monde où les héros n’existent pas...
Critique : C’est d’abord avec un grand plaisir que l’on voit Takeshi Kitano revenir à ses premières amours après une période d’introspection pas vraiment enthousiasmante. Retour au film de yakuza donc, quelques années après ses plus grands succès tels que Sonatine, Jugatsu ou son chef-d’œuvre Hana-bi. Coupons tout suspense : si Outrage n’atteint pas la maîtrise de ce dernier, et ne se présente pas non plus véritablement comme un nouveau souffle (ou même un nouveau départ) dans la filmographie du cinéaste japonais, son dernier long-métrage montre néanmoins une surprenante vitalité au regard de ses dernières créations.
Outrage s’ouvre sur un très beau plan-séquence où la caméra, via un élégant travelling, filme une rangée de yakuzas en costume noir, sans que l’on parvienne à les identifier, postée devant de grosses berlines noires, elles-mêmes indissociables. Avec ce seul plan, Takeshi Kitano dit tout de l’absurdité de ce milieu où les hommes se confondent et se remplacent indéfiniment comme de simples pions. C’est tout le sujet de ce film que la structure narrative, répétitive, va s’appliquer à mettre en images. S’ensuit alors une succession de séquences où la violence inouïe se mêle à l’absurde, à l’image des meilleurs films du réalisateur. À plusieurs reprises, Kitano nous offre ainsi des scènes pleines de trouvailles et souvent très drôles (il y a quelque chose de franchement jubilatoire à voir ce milieu s’autodétruire).
Mais si le dispositif s’accorde parfaitement avec la démonstration de Kitano, il montre aussi rapidement ses limites en faisant se succéder les règlements de compte puis les phases de briefing avant de repartir sur un nouveau règlement de compte, et ainsi de suite. Et bien que l’on soit au départ amusé par le ridicule des situations, lesquelles se répètent inlassablement, le film s’enlise un peu dans son procédé et, bien que voulu, s’avère redondant. Il n’empêche, avec son humour noir et son pessimisme funèbre, Outrage témoigne d’une réjouissante énergie.