Le 13 décembre 2011

2011, année des visions. Ou le retour certain d’un cinéma ample et ambitieux, qui renouvelle son goût du risque.
2011, année des visions. Ou le retour certain d’un cinéma ample et ambitieux, qui renouvelle son goût du risque.
2011, c’est fait : la majorité des productions audiovisuelles françaises se tournent désormais en numérique. Une « révolution » autoproclamée, plus douce que celles qui se trament sous d’autres cieux, et dont nous explorons les effets au moment même où nous y souscrivons – comme si le numérique ressemblait un peu au gâteau « Mangez moi » que dévore Alice dans Alice au pays des merveilles, avant de se rendre compte de ses effets secondaires. Les hérauts du « tout numérique » nous ont promis un tel pays des merveilles, et tous les jalons de la chaîne cinématographique, de la production à la diffusion (et la conservation !), ont à présent entrepris le voyage. Certaines œuvres fortes de l’année s’emparent de la plasticité de l’image numérique – la crasse cireuse de Melancholia, la pureté diaphane de Tomboy, l’épaisseur des nuits de Drive –, quand d’autres continuent de faire le choix résolu de la pellicule, de son grain irréductible (au hasard : L’Apollonide, Hors Satan).
Leçons ? Peu importe (ou presque) le support. Marquée notamment par un Festival de Cannes particulièrement riche, l’année 2011 a été, presque outrancièrement, l’année des « auteurs », au sens des visionnaires. Des œuvres qui divisent, insupportent, subjuguent ou sidèrent, mais qui cultivent l’ambition démesurée d’exprimer quelque chose – la nature (humaine ou pas), le monde, la vie. Ce classement est forcément incomplet (nous n’avons vu ni le film de Ceylan, ni celui de Tarr), partiel, subjectif, irritant. C’est une constellation d’émotions plus qu’une distribution de bons points. Pour le spectateur, la « révolution numérique » est la partie immergée de l’iceberg : il l’accepte, tant qu’elle ne tue pas le sentiment qui naît après la première image scintillante sur l’écran.
1 - The Tree of Life (Terrence Malick)
2 - Melancholia (Lars Von Trier)
3 - L’Apollonide : souvenirs de la maison close (Bertrand Bonello)
4 - La piel que habito (Pedro Almodovar)
5 - Essential Killing (Jerzy Skolimowski)
6 - Black Swan (Darren Aronofsky)
7 - Tomboy (Céline Sciamma)
8 - Boxing gym (Frederick Wiseman)
9 - Drive (Nicolas Winding Refn)
10 - Habemus Papam (Nanni Moretti)