Les mégères indomptables
Le 14 décembre 2010
George Cukor, le fin directeur d’actrices, accouche d’une satire caustique où les femmes clament sauvagement leur désir d’émancipation. La distribution 100% féminine, la brillance des dialogues, la psychologie des personnages, tous les ingrédients de la comédie satirique sont rassemblés pour en faire un chef-d’œuvre incontournable dans son genre.

- Réalisateur : George Cukor
- Acteurs : Joan Crawford, Norma Shearer, Rosalind Russell
- Genre : Comédie
- Nationalité : Américain
- Date de sortie : 7 novembre 1945

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– Durée : 2h12mn
– Titre original : The women
– Année de production : 1939
George Cukor, le fin directeur d’actrices, accouche d’une satire caustique où les femmes clament sauvagement leur désir d’émancipation. La distribution 100% féminine, la brillance des dialogues, la psychologie des personnages, tous les ingrédients de la comédie satirique sont rassemblés pour en faire un chef-d’œuvre incontournable dans son genre.
L’argument : Mary est mariée à Stephen Haines, un homme d’affaires new-yorkais. Fidèle à son époux et mère d’une fillette, elle est entourée d’"amies", dont Sylvia Fowler, la comtesse DeLave, et Miriam Aarons, qui savent quelque chose qu’elle ignore : son mari la trompe avec Crystal Allen, une vendeuse arriviste.
Notre avis : Au moment d’entamer le tournage de Femmes, George Cukor, rempli d’amertume, insuffle une férocité en réponse à son licenciement du plateau de Autant en emporte le vent (dont il est logiquement crédité au générique), remplacé au pied levé par Victor Fleming (celui-ci avait, quelques mois auparavant, pris sa relève pour Le magicien d’Oz). En effet, David O. Selznick (qui a produit six de ses films) cède aux caprices de Clark Gable qui ne peut plus piffer Cukor auquel il reproche une trop grande connivence avec les actrices vedettes du film, Vivien Leigh et Olivia de Havilland. Cet amour des femmes le pousse à réunir un casting entièrement féminin réunissant pas moins de 130 comédiennes (!) pour transposer la pièce de Clare Boothe Luce, rédactrice en chef de Vanity Fair. Délaissant la gente masculine vouée au mutisme le plus total (si ce n’est en sourdine à l’autre bout du fil lors d’une conversation téléphonique), Cukor dresse le portrait bestial de ces femelles (apparaissant sous les traits d’un animal dans le générique) qui évoluent librement dans la jungle urbaine du quartier chic de Park Avenue, sortant leurs griffes vernies et acérées (après un passage à l’institut de beauté) et déliant leur langue de vipère, dans la salle de gymnastique, pour déblatérer sur le sexe fort qui en prend pour son grade. A coup sûr, personne mieux que lui n’a rendu aussi bel hommage aux actrices, ne fut-ce que par le titre de plusieurs de ses films (de La femme de sa vie à My fair lady), révélant Katharine Hepburn ou dirigeant encore Marilyn Monroe dans son dernier rôle, Something’s got to give, qui ne verra jamais le jour dans son intégralité. Dans Femmes, la discorde homérique entre Norma Shearer et Joan Crawford (Cukor les a déjà dirigées individuellement) ne règne pas uniquement devant la caméra ; cette dernière ne supporte pas son statut de plus grande star de la MGM, par le simple fait que Norma Shearer est mariée à Irving Thalberg, un des grands patrons du studio. Dans la seconde partie du film, succédant à la scène du défilé de mode en technicolor (sorte d’interlude récréatif), Paulette Goddard, aussi belle qu’hystérique, est une des passagères du train en partance pour Reno (lieu où se déroule également Les désaxés de Huston), la ville des divorces expéditifs (pour l’anecdote, la réalité allait rejoindre la fiction quand, un peu plus tard, elle se sépara de Charlie Chaplin). Avec ce gros succès de 1939 (une année faste pour le cinéma), chef-d’œuvre de la comédie de mœurs, Cukor ressort comme le grand gagnant ; d’autant plus que les deux autres films auxquels il a collaboré, récoltant toutes les statuettes dorées à Hollywood, portent sa marque. Sans conteste, Femmes est d’un niveau nettement supérieur grâce à la finesse inégalable de l’étude des caractères de ces "desperate housewives". Ce n’est d’ailleurs pas pour rien que François Ozon s’en est librement inspiré pour 8 femmes...