Le 13 février 2020

- Auteur : George Steiner
- Voir le dossier : Nécrologie
Réactionnaire et passéiste pour les uns, humaniste et passionné pour les autres, George Steiner s’est éteint le 3 février 2020.
News : Figure de l’intellectuel polyvalent et érudit, dans une tradition occidentale qui remonte à la Renaissance, le critique, linguiste et écrivain et philosophe George Steiner est décédé le 3 février dernier. Il s’était notamment illustré par ses analyses littéraires dans le célèbre The New Yorker, avec qui il collabora durant plus d’une trentaine d’années. Chantre de la culture gréco-latine et de sa transmission à travers une posture éducative qui renvoie à la magistralité (on se souvient de son ouvrage avec Cécile Ladjali, édité en 2003, avec un sous-titre qui situe bien la pensée de Steiner - "le maître et l’élève" -), il publia des essais dont la diversité illustre les goûts éclectiques de son auteur. Steiner fut cet intellectuel clivant qui pourfendit le structuralisme et le déconstructivisme des années 60-70, entretint aussi une correspondance avec l’écrivain collaborationniste Lucien Rebatet.
La grande culture de Steiner l’amena tout naturellement à explorer tout le prisme de la production artistique : musique, peinture, histoire, religion, littérature. Rien n’échappa à ce polyglotte qui fut enseignant à Princeton, et cofondateur du Churchill College à Cambridge en 1962. On lui attribua également une chaire de littérature comparée à Genève. La perte des repères culturels, consubstantiel à la perte des valeurs, fut la grande obsession de sa vie, lui qui connut la Seconde Guerre mondiale et défendait avec une conviction fervente sa foi dans le texte imprimé (Ceux qui brûlent les livres, en 2008). Ses détracteurs le traitaient volontiers de réactionnaire, farouchement rétif à toute forme de modernité. Ses thuriféraires célébraient l’infatigable passeur, à la curiosité sans cesse renouvelée.