Le 28 mai 2017

- Festival : Festival de Cannes 2017
Après onze jours de compétition, petit retour sur les quelques moments forts et sur les trop nombreuses coquilles du 70e Festival de Cannes.
Le Festival de Cannes se termine ce dimanche soir avec la cérémonie de clôture et la remise des prix, dont l’incontournable Palme d’or - qui pour l’anecdote n’avait pas vocation au départ à s’imposer comme la récompense suprême, mais à saluer la meilleure proposition "art et essai" au même titre que le Grand Prix venait saluer le meilleur film "grand public". Cette fournée 2017, très inégale et décevante, a été égayée par les 70 ans de la manifestation. Des thèmes forts s’y sont détachés dans les films sélectionnés, parmi lesquels les migrants, le militantisme ou encore les enfants. Autant de sujets pertinents, mais le plus souvent mal exploités par la mise en scène. Côté polémique, outre les retouches sur l’affiche officielle, le 70e Festival de Cannes a été bousculé par les critiques contre Netflix, venu présenter deux films en compétition – Okja et The Meyerowitz Stories. Accusé de parasiter et d’empêcher les sorties en salles obscures, l’apparition du logo du géant de la vidéo à la demande à l’écran a déclenché quelques huées dans les salles de projections. Peu de chance d’ailleurs, au regard du peu d’égard pour ces pratiques qu’ont Pedro Almodovar et les membres de son jury, pour que ces deux longs-métrages trouvent leur place au palmarès, malgré la qualité du Bong Joon-ho.
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Il y a des années sans. Et du moins peut-on affirmer cette fois que rarement une compétition du Festival de Cannes n’aura fait montre d’un tel manque de substance. Alors, certes, la 70e édition ne comporte pas son The Last Face, degré zéro du cinéma dont l’arrivée en lice pour la Palme d’or en 2016 demeure toujours à ce jour une énigme douteuse, rendue possible notamment par la proximité de Sean Penn et de Thierry Frémaux. Même la misanthropie crasse de Lanthimos n’atteint pas en 2017 un tel fiasco, notamment grâce à une mise en scène relativement cohérente à défaut d’être franchement tolérable. Mais cela ne retire en rien qu’une grande majorité des films aient cette année peiné à dépasser la simple formule calibrée. La Lune de Jupiter, The Square, Mise à mort du cerf sacré, Happy End… les propositions de cinéma sont restées lettres mortes au profit de rhétoriques souvent complaisantes et trop sûres de leurs effets. Dans ce flot grandiloquent et ampoulé, Östlund, Lanthimos et Haneke ne sont parvenus à formuler autre chose qu’une critique démagogique du monde moral et social. Pas plus que Mundruzco n’a réussi à saisir le politique dans la série B. Sous la caméra de ces faiseurs, les travers de notre société et de ses valeurs sont apparus comme des motifs opportunistes. Un peu comme si le cinéma d’auteur en passait à son tour par la mode du film post-apocalyptique - terrain de jeu par excellence pour dissimuler la faiblesse d’un scénario derrière un grand vide programmatique.
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Bien que plutôt réussis voire pour certains assez brillants, Okja, 120 battements par minute, Le Redoutable, Vers la lumière ou encore Good Time seraient passés pour des œuvres mineures, s’il fallait les confronter à la sélection officielle de 2016. Restent en définitive Le Jour d’après et Rodin, dont l’académisme fallacieux et la modestie les soustraient probablement des plus hautes marches du palmarès, pour relever le niveau de la compétition. Dommage qu’il s’agisse des œuvres a priori les plus arides et susceptibles de laisser le public sur le carreau. Andrei Zviaguintsev (Faute d’amour), Todd Haynes (Wonderstruck, dit Le Musée des merveilles) ou encore Sergei Loznitsa (Une femme douce) arrivent quant à eux avec des films malades et pour cette raison presque dispensables – hormis peut-être le troisième. Ainsi, nombre des plus grandes attentes n’ont réservé que des structures fragiles et manquant souvent d’équilibre. Parmi les longs-métrages de la sélection officielle, c’est un film hors-compétition qui aura le mieux su explorer le cinéma et ses territoires infinis : Visages, Villages, d’Agnès Varda et JR. Là où notamment Jean-Luc Godard s’incarne le plus fidèlement. Enfin, deux séries auront littéralement mis à genoux tous les films - avec une mention pour la seconde - : les premiers épisodes de Top of the Lake, saison 2 et Twin Peaks, saison 3. Comme si Jane Campion et David Lynch avaient su réaliser le plus beau braquage du Festival de Cannes 2017.
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