Amor, à mort.
Le 2 février 2015
Divine comédie des moeurs, Amour fou distingue dans le reflet de ses ennuis la beauté de l’absurde.


- Réalisateur : Jessica Hausner
- Acteurs : Sandra Hüller, Christian Friedel, Birte Schnoeink, Stephan Grossmann, Holger Handtke
- Genre : Drame, Biopic
- Nationalité : Allemand, Autrichien, Luxembourgeois
- Distributeur : Jour2fête
- Durée : 1h36mn
- Date de sortie : 4 février 2015
- Festival : Festival de Cannes 2014

L'a vu
Veut le voir
Résumé : Berlin, à l’époque romantique. Le jeune poète tragique Heinrich souhaite dépasser le côté inéluctable de la mort grâce à l’amour : il tente de convaincre sa cousine Marie, qui lui est proche, de contrer le destin en déterminant ensemble leur suicide ; mais Marie, malgré son insistance, reste sceptique. Heinrich est déprimé par le manque de sensibilité de sa cousine, alors qu’Henriette, une jeune épouse qu’Heinrich avait également approchée, semble soudainement tentée par la proposition lorsqu’elle apprend qu’elle est atteinte d’une maladie incurable. Une "comédie romantique" librement inspirée du suicide du poète Heinrich von Kleist, en 1811.
Critique : De l’autel au linceul, de la chambre au caveau funéraire, les amants se targuent de braver la Faucheuse. Au seuil de la mort, les passions enfantines croient pouvoir se jouer de l’ultime sentence main dans la main. Inspiré du suicide de l’écrivain Heinrich von Kleist, Amour fou n’a pourtant de romantique que le titre.
Dans les faits, l’auteur, las de l’existence et des médiocres distractions de la chair et l’esprit, rechercha avec avidité un compagnon disposé à le suivre dans le trépas. Il demanda à toutes les personnes lui étant chères d’abréger leur existence avec lui : son frère, sa cousine, une inconnue... À l’écran, après de nombreux échecs avec sa cousine Marie, il se tourne vers une jeune bourgeoise, Henriette, éprise de son œuvre.
- © Jour2fête
Les cadres statiques et les décors figés concourent à une impression d’étouffement. Engoncée dans les corsets de conventions et de paraître, la bourgeoisie suffoque. De ses lèvres bleutées ne s’échappe plus qu’un filet de vie. Amour Fou accorde au verbe toute sa théâtralité et rend au récit le privilège de conciliation. Jessica Hausner déchire les pans translucides de cette folie à deux. La cinéaste autrichienne questionne ce mal du siècle avec la froide rationalité des artistes désillusionnés.
- © Jour2fête
Le travail plastique de la cinéaste façonne la réalité avec austérité. Seuls les hors-champs semblent pouvoir exprimer la violence sensible. Les coups de feu au loin résonnent trop longtemps pour être oubliés. Henriette et Heinrich sont peut-être morts avant même l’avoir pensé.
En l’amour, Jessica Hausner voit l’égoïsme. En l’art, elle voit aussi l’égoïsme. Avec l’élégance de l’absurde, la cinéaste en caresse pourtant les contours. Il y a de la beauté dans ce qui est.
- © Jour2fête