Le 3 novembre 2020


- Plus d'informations : https://www.orchestre-ile.com/
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Entre deux vagues d’épidémie, l’Orchestre national d’Ile de France poursuit courageusement sa mission culturelle à la Philharmonie, pour nous rappeler à quel point il concourt au maintien de notre bonne santé émotionnelle. Dans ce voyage d’automne, il nous propose un florilège de compositeurs, ayant pour point commun d’avoir écrit pour cet instrument méconnu qu’est le cor. Propulsant la star du moment de cet instrument, le corniste Stefan Dohr, le chef Case Scaglione et son orchestre nous élèvent à nouveau au-dessus du quotidien confiné.
Résumé : Mozart est l’un des premiers à avoir donné ses lettres de noblesse au cor comme instrument concertant. Avant lui, personne n’aurait imaginé mettre ainsi devant l’orchestre un instrument sans pistons, proche du cor de chasse ou du postillon… au passage l’un des plus difficiles à maîtriser ! Tout a commencé avec une histoire d’amitié : Mozart écrit pour son vieil ami Joseph Leutgeb qu’il connaissait depuis l’enfance et s’amuse à solliciter sa virtuosité en lui écrivant sur mesure des passages presque injouables. Aujourd’hui, il faut le talent de Stefan Dohr pour tutoyer les sommets de cet art. Premier cor solo de l’Orchestre philharmonique de Berlin, il est LE corniste du moment. Avec lui, tout parait simple. Jusqu’au Concerto de Ligeti créé en 1999 à Hambourg, par l’une des premières femmes cornistes, Marie Luise Neunecker. Ligeti joue avec les notes naturelles du cor, parcourant toute l’étendue de l’instrument et inventant pour lui une nouvelle virtuosité. Dans la Deuxième Symphonie de Brahms, c’est au cœur de l’orchestre que le cor brille de mille feux, avec des thèmes tendres, lyriques et généreux.} }
Critique : Il y a des virus plus costauds que d’autres ; celui de la musique remporte la bataille ce soir contre la Covid-19 qui est pourtant hostile, on le sait, à tous les artistes de scène. Il fait bon partager le talent, la musique, l’ensemble, à la place du lancinant et absurde décompte morbide des victimes et des rappels rabâchés, relatifs aux mesures hygiéniques.
Il faut le talent de Stefan Dohr pour décaper nos a priori associant cet instrument aux ruades de cavalerie, aux aboiements de meutes, ou encore à l’effroi tremblotant de Bambi réfugié au fond des bois. Cette image tenace du cor de chasse, il la pulvérise à nouveau en nous démontrant qu’un éléphant peut se faire souris, qu’un barrissement peut devenir couinement, qu’une force sonore, égale à l’orchestre tout entier, peut entrer dans la psychologie d’une interprétation intimiste.
Il souffle en bouchant de sa main le pavillon, et se fait mélodieux et lointain, il vibre sa note en la poussant et nous voilà physiquement en phase, à la fois ému par la couleur de cette note et ses battements appuyés. Il y a des interprètes remarquables qui nous emmènent au-delà de leur technique, au plus profond de nos paysages intérieurs. Il en fait partie !
L’émerveillement que provoque sa dextérité sert parfaitement l’interprétation de Mozart qui avait bien avant nous compris comment placer cet instrument au service de son œuvre. Il écrivit cette pièce à la limite de l’impossible pour son vieil ami Joseph Leutgeb. Tout le monde n’a pas le talent et un ami corniste dans ses connaissances à mettre à contribution. L’exercice est rare.
- Copyright Christophe Urbain
La pièce de Brahms est interprétée par le jeune corniste en titre de l’ONDIF qui ne démérite pas après l’impressionnant virtuose allemand. On se laisse balancer par la mélodie ondulante, sans réel point de comparaison, tant l’écoute de ce registre est inhabituel. Plaisir de la découverte !
Aimez-vous Brahms ? interrogeait le film d’amour contrarié, tiré du roman de Françoise Sagan. A l’orchestre et son énergique chef, nous répondons fidèlement : oui !
A voir, mais aussi à écouter prochainement la captation sur Radio France et à lire, pendant un nouveau confinement !