A la recherche des preuves perdues
Le 6 avril 2005
Sur fond de guerre sino-japonaise, mémoire historique, suspense, situations cocasses et sexe s’entremêlent dans ce récit à deux voix aussi brillant que terrifiant.


- Auteur : Mo Hayder
- Collection : Sang d’encre
- Editeur : Presses de la Cité
- Genre : Polar, Roman & fiction
Après Birdman et L’homme du soir, Mo Hayder revient avec un polar tout aussi captivant et terrifiant. Emerveillement et suspense garantis.
Tokyo, été 1990. La jeune Phénomène, dite Grey, arrive au Japon avec un seul but en tête, rencontrer le professeur Shi Chongming pour qu’il lui montre le film sur la véritable histoire du massacre de Nankin. Pour obtenir gain de cause, elle devra pénétrer le clan du puissant yakuza Fuyuki, affronter la terrible Nurse aux mœurs peu ragoûtantes qui veille sur lui, et rapporter un produit bien mystérieux à son "maître chanteur". Nankin, décembre 1937. L’armée japonaise s’empare de l’ancienne capitale de la Chine et se livre à l’un des massacres les plus sanglants de l’Histoire du XXe siècle. Terrassés par la peur et la faim, le jeune Shi Chongming et son épouse devront redoubler de ruse et d’efforts pour échapper à l’indicible torture du yanwangye et à ses serviteurs.
Avec ce récit à deux voix, où s’entremêlent parfaitement fiction et réalité, Mo Hayder confirme son talent et se hisse au rang des romanciers actuels les plus émérites. En effet, si l’écrivaine n’a pas son pareil pour retranscrire l’ambiance suffocante du crime horrible et pervers : Birman [1], L’homme du soir [2], elle se distingue, encore une fois, par son incroyable habileté à jouer de tous les registres. Mémoire historique, suspense, situations cocasses et sexe s’unissent dans un savoureux mélange de minutie descriptive et d’un lyrisme à couper le souffle, qui loin d’amenuiser l’épaisseur des personnages et leur univers, leur donne vraiment du corps. De même, si Mo Hayder ne lésine pas sur les coupures de rythme, c’est toujours avec une extrême finesse qu’elle parvient à tenir ses lecteurs en haleine.
Cette fois pas d’inspecteur Jack Caffery ni de troll à l’horizon, mais les adorateurs de ses aventures ne seront pas en reste. Une jeune femme tout aussi attachante, excentrique et bien souvent maladroite, mène l’enquête et nous ouvre les portes de la Chine d’hier et d’aujourd’hui. Un parcours initiatique empreint de mysticisme d’autant plus envoûtant qu’il ne manque pas de maintenir jusqu’à la fin le suspense de l’intrigue et du véritable lien qui unit les narrateurs des deux récits. Un livre intelligent, sensible, débordant d’imagination et drôle, digne de son auteur, avide de tout et qui a su manifester très tôt l’esprit de débrouillardise et un sens inouï de l’observation.
Mo Hayder, Tokyo, (Tokyo, traduit de l’anglais par Hubert Tézenas), Presses de la Cité, coll. "Sang d’encre", 2005, 429 pages, 20 €
poildesouris 7 octobre 2005
Tokyo - Mo Hayder
Il y a des thrillers futiles qui nous lancent à la poursuite du frisson exquis. Tokyo de Mo Hayder transcende le genre grâce à son fond historique et la mise en abyme de deux époques, deux lieux, deux cultures : Nankin 1937, Tokyo 1990.
Le suspense haletant est nourri de personnages hallucinés.
C’est une œuvre totale : poétique, documentée, étrange, philosophique, terrifiante, romantique, noire et stylée.