Autofiction
Le 29 janvier 2004
Ce premier album autofictionnel place d’emblée l’artiste au cœur de la chanson française actuelle.


- Artiste : Fleurent-Didier, Arnaud

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Douze vignettes fragiles et drôles, acides et touchantes, qui décrivent les vies de néo-trentenaires comme aucune autre auparavant. Influences ? Polnareff, Gainsbourg, Ferré, Katerine. Alors, coup d’essai, coup de maître ?
C’est toujours un plaisir particulier que de découvrir un disque essentiel totalement par hasard. Par hasard ? Faisons un peu d’autofiction. A priori, rien ne me prédisposait en ce début d’année déjà bien chargé à me diriger vers le premier album d’un jeune auteur-compositeur parisien, auparavant aux commandes de Notre-Dame, groupe à peine repéré sur la compilation du label affilié à Air, Record Makers. Jusqu’à ce message lu sur le forum du site sur lequel vous vous trouvez actuellement...
Je décidai alors de contacter French Touche, boutique parisienne d’objets singuliers qui se lance également dans la production d’artistes français, et dont Portrait... est la première référence album. Bonne surprise : la gentille équipe me fait parvenir le disque illico, et je découvre en ouvrant l’enveloppe cartonnée un objet singulier : le design du disque représente un cadre, et la pochette se révèle être la reproduction d’un véritable tableau signé de l’Artiste. Un clou permettant d’accrocher le cd au mur accompagne l’ensemble, ainsi qu’une "chansonpoche", concept imaginé par French Touche et qui propose un titre supplémentaire gravé sur un mini-cd en forme de carte électromagnétique. De plus en plus intéressant...
Mais c’est évidemment en découvrant ces douze chansons parfaites que je fus le plus surpris : sorte de concept-album autofictionnel, Portrait... raconte les mésaventures, les doutes, les échecs d’un musicien-poète qui tente de "percer". Avec lui, on revit alors forcément une partie de nos propres doutes, mésaventures et échecs. Car la plume d’Arnaud Fleurent-Didier est de celle qui, dans son sillage, emporte tout un groupe générationnel, toute une classe sociale, nommément les néo-trentenaires de la classe moyenne. Alors certes, tel le cinéma d’un Desplechin par exemple, elle exclut de facto de potentiels auditeurs qui ne se sentiront pas concernés par ces histoires de succès (Mon disque dort), d’ambitions médiatiques (l’hilarant Rock critique) ou de journées vides (Emploi du temps). Et on peut sans doute s’agacer du titre un peu facile et de la diction si parfaite du chanteur. Mais on passerait alors bêtement à côté d’un disque important, honnête et riche. En tout cas bien plus important, honnête et riche que ce que la plupart des auteurs-compositeurs-interprètes français de ces vingt dernières années nous ont proposé jusque-là. Avec Portrait..., Arnaud Fleurent-Didier invente également au passage le best-of direct, qui n’a besoin d’aucun single ni album préalables pour exister.
Portrait du jeune homme en artiste, Arnaud Fleurent-Didier (French Touche/Discograph)