World Fusion Jazz
Le 3 février 2018
André Manoukian, petit-fils d’expat’ arménien, présente son album "Apatride" et hisse pour un soir le Trianon au sommet de l’Ararat*.


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Son turban style grimpe plus près des cimes du world jazz fusion que d’un folklore communautaire fond de vallée. Ses compositions sont belles sans être trop sucrées, orientalistes, dans une teinte justement proportionnée. Il fait fusionner Erevan et la New Orleans avec ses rythmes complexes et ses gammes dissonantes. C’est mieux qu’en studio, moins méca, plus chaud.
Sous ses sourcils sévèrement broussailleux, le Manoukian est charmant et drôle pendant ses interludes, n’hésitant pas à partager des clés d’écoute ou d’inspiration. Au-delà de l’air décontracté de vedette de télé qu’il prend pour les présenter, on ressent un soin délicat à nous emmener vers la découverte de son monde.
La formation musicale atypique assure. Piano, batterie, violoncelle, tablas, batterie, sont interprétés avec talent. Les solos se tiennent. Ça joue juste et bien. Le saxophoniste souffle aussi dans le Duduk, cette flûte traditionnelle qui est aux larmes de la nostalgie ce que le mouche-bébé est au rhume pédiatrique... et justement, la salle sort les mouchoirs. Elle tape aussi dans les mains avec joie à la minute d’après. On glisse vers Orient.
La voix ottomane de la chanteuse qui l’accompagne est chaude comme dans ces complaintes juives russes qui vous chahutent le cœur. Son timbre changeant est puissant et frêle tour à tour.
Des clips sobres et colorés sur écran illustrent agréablement chaque titre. Le dernier est un infini travelling sur des papiers d’identité où le mot Apatride apparaît en face de Nationalité.
Pourquoi les apatrides sont-ils touchants ? Le territoire qu’ils défendent est intérieur. A la sortie, on est plus arménien qu’en entrant.
* Mont-blanc arménien
Album "Apatride" d’André Manoukian
Edité par Mad Chaman