Le 28 mars 2020
Le récit manie avec bonheur l’art de l’ellipse et des non-dits, sans tomber dans le piège du hiératisme et de la pose. Un jalon de plus dans la riche filmographie de Nuri Bilge Ceylan.


- Réalisateur : Nuri Bilge Ceylan
- Acteurs : Yavuz Bingöl, Hatice Aslan, Ahmet Rifat Sungar
- Genre : Drame
- Nationalité : Français, Italien, Turc
- Distributeur : Pyramide Distribution
- Editeur vidéo : Pyramide Vidéo
- Durée : 1h49mn
- Titre original : Uç maymum
- Date de sortie : 14 janvier 2009
- Festival : Festival de Cannes 2008

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Résumé : Un politicien influent écrase accidentellement un passant en pleine période électorale. Voulant échapper au scandale, il propose à son chauffeur d’endosser la responsabilité et d’accepter la prison en échange d’une forte somme d’argent qu’il recevra à sa sortie.
Critique : Avec Les Trois singes, Nuri Bilge Ceylan (sans doute le plus grand cinéaste turc depuis Ylmaz Güney) signe une autre grande œuvre, qui se situe dans sa filmographie après Kasaba, Uzak et Les climats, et avant Il était une fois en Anatolie, Winter Sleep (Palme d’or à Cannes en 2011), Le poirier sauvage et Les herbes sèches. Dès la première séquence, Ceylan impose son style magistral et sans effets : le plan qui suit la voiture jusqu’à un virage montre l’art de l’économie de moyens propre au réalisateur. Tout le reste de l’œuvre distillera la même tension dramatique par une épure sans concessions. Le récit sera concentré autour de la famille du chauffeur. L’épouse se vendra à l’homme politique pour s’assurer de ses engagements, mais en s’entichant de lui, elle sera à l’origine d’un drame dont chacun (y compris et surtout le fils) essaiera de sortir indemne.
- Copyright Pyramide Distribution
De sa formation initiale de photographe, Ceylan, épaulé par un chef opérateur inspiré, a gardé une aptitude à soigner les cadrages : des gros plans de visages bergmaniens aux prises de vue sous des ciels de plomb, on est dans le domaine de la perfection et de la rigueur. On se doit de souligner aussi le remarquable travail sur la bande-son : le moindre soupir, traduisant une hésitation ou un acte inconscient, est mis en avant pour qui accordera son attention à ces menus détails. Au-delà de la réussite technique, au service d’un scénario faussement minimaliste, on appréciera la finesse de la narration et du choix du placement de la caméra.
- Copyright Pyramide Distribution
Le récit manie en effet l’art de l’ellipse et des non-dits, sans tomber dans le piège du hiératisme et de la pose. En attestent la séquence sur la plage ou celle dans laquelle le fils réalise le comportement adultère de sa mère : l’action hors-champ s’avère, comme dans la séquence d’ouverture, plus saisissante que si elle avait été filmée frontalement. Les Trois singes a obtenu le Prix de la mise en scène au Festival de Cannes 2008.