Le 15 octobre 2015
Un film gentiment désuet qui concentre les qualités et les défauts de DeMille.


- Réalisateur : Cecil B. DeMille
- Acteurs : Paulette Goddard, Gary Cooper, Boris Karloff, Porter Hall, Virginia Grey, Gavin Muir, Howard Da Silva, Henry Wilcoxon, Ward Bond, C. Aubrey Smith, Alan Napier, Cecil Kellaway, Mike Mazurki, Victor Varconi (Mihály Várkonyi)
- Genre : Aventures, Western
- Nationalité : Américain
- Distributeur : Swashbuckler Films
- Durée : 2h26mn
- Date télé : 20 mars 2024 22:45
- Chaîne : OCS Géants
- Reprise: 21 octobre 2015
- Titre original : Unconquered
- Date de sortie : 4 mai 1950
- Plus d'informations : Le site du distributeur

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– Année de production : 1947
Résumé : En Amérique, au XVIIIe siècle, les tribus indiennes et les colons britanniques s’affrontent. Dans ce contexte, le capitaine Holden doit faire face à un certain Garth, qui n’a de cesse d’attiser les tensions existantes.
Critique : Les conquérants du nouveau monde est le dernier « western » (au sens large) de Cecil B. DeMille, moins réussi sans doute qu’Une Aventure de Buffalo Bill, mais qui condense les qualités et les défauts du cinéaste. On y retrouvera tout ce qui peut irriter : la tendance au bavardage, un certain statisme, une direction d’acteurs inégale. Ainsi Paulette Goddard joue-t-elle parfois comme au temps du muet ; quant à la fille adoptive du réalisateur qui interprète l’Indienne mariée à Garth, sa mort avec roulement d’yeux est un sommet d’humour involontaire ; à l’inverse, Gary Cooper, égal à lui-même, reste économe de ses moyens. Leurs aventures, invraisemblables de péripéties, n’intéressent pas outre mesure DeMille : même s’il trouve un souffle certain dans une poursuite à cheval ou, surtout, en canoë, c’est dans la composition plastique qu’il excelle. On ne compte plus les plans dans lesquels son sens pictural fait merveille (voir par exemple le fort avec ses cadavres disposés à la Géricault). Mais c’est sur chaque scène que les couleurs et la lumière s’unissent en une image parfaitement lisible, lisse et opulente, au risque sans doute de l’académisme.
DeMille adorait faire se croiser la grande et la petite histoire, inscrivant les démêlés du couple dans le cadre d’une guerre bien réelle. On retrouve ici son obsession : l’homme et la femme que la situation sépare, au prix de quiproquos à répétition, se rejoignent dans le danger, quand l’homme la protège et qu’elle rêve à un intérieur serein. Le personnage féminin est victime de multiples convoitises, ce qui permet au cinéaste de proposer les scènes sadiques dont il était coutumier ; ainsi Abby est-elle attachée, menacée de coups de fouet ou de tortures indiennes. Elle prend alors des poses qui rappellent l’imagerie biblique des martyrs chrétiens à la sauce hollywoodienne. Pas de trace de féminisme ici : elle subit, s’extasie devant des vêtements ; amoureuse, elle est néanmoins prête à suivre Garth pour sauver Holden. Le sacrifice est d’ailleurs présent comme thème moteur du film.
Alors, bien sûr, on peut sourire devant tant de naïveté, ou devant les décors en toile peinte ou les transparences ; mais ce qui sauve DeMille, c’est la foi extraordinaire et le sérieux qu’il met à dessiner de grands destins, à brosser des personnages nobles et vertueux. Sa croyance en Dieu et en l’Amérique l’autorise au manichéisme comme à la grandiloquence (voir la citation finale de Benjamin Franklin : « Où se trouve la liberté, là est mon pays »). Et le spectateur finit par se laisser emporter devant ce livre d’images coloré, touchant, d’une sincérité désuète.