Le parfum d’Yvonne
Le 23 août 2011
Inlassablement, Raul Ruiz court après la mémoire, celle d’une enfance perdue, ou d’un rêve inaccessible.

- Réalisateur : Raúl Ruiz
- Acteurs : Grégoire Colin, François Cluzet , Marianne Denicourt
- Genre : Drame
- Nationalité : Français
- Date de sortie : 1er juin 2005

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– Durée : 1h46mn
Inlassablement, Raul Ruiz court après la mémoire, celle d’une enfance perdue, ou d’un rêve inaccessible.
L’argument : C’est en 1932 qu’a lieu la première rencontre entre Max et Antoine. Le premier n’est qu’un enfant, l’autre un aviateur français qui débarque comme une apparition dans ce petit village du Chili. Tout au long de leur vie, les deux hommes vont se croiser, se perdre et se retrouver, liés à jamais par un autre destin, littéraire, celui d’Augustin Meaulnes dont Antoine revit sans fin le rêve.
Notre avis : Raul Ruiz reste encore ici fidèle aux thèmes qui jalonnent son œuvre. Une nostalgie du temps passé qui l’avait mené jusqu’à Proust, une fascination pour les demeures de famille, théâtres de vies qui s’écoulent, comme Dias de campo, il y a peu. Si on y ajoute un goût certain pour le merveilleux et la littérature, rien d’étonnant à ce qu’il se soit intéressé à l’histoire du Grand Meaulnes.
Paradis perdu, nostalgie de l’enfance, quête impossible, Le domaine perdu (dont le titre-même est emprunté à Alain-Fournier) raconte un lien, une amitié initiatrice. Tout commence lorsque Max, enfant, voit tomber du ciel un aviateur français nommé Antoine. Les références se télescopent, comme des clins d’œil, tout au long d’une histoire qui chez Raul Ruiz, on le sait, ne peut être rectiligne. Le fil, c’est ce livre, Le Grand Meaulnes, qu’Antoine confie à Max, son histoire, en quelque sorte, celle d’un Augustin Meaulnes qui s’envole mais revient toujours, meurt et ressuscite. Une mise en abîme, aussi, puisque l’histoire d’Antoine, ainsi confiée à Max, résonne comme un écho au secret d’Augustin, abandonné, dans le roman, à un cahier de compositions au fond d’une malle d’écolier.
Mais la quête d’Antoine n’a plus grand-chose à voir avec une "fuite en arrière", et les regrets d’une adolescence enfuie deviennent ici une course contre la mort. Antoine devient le héros immortel qui balise la vie de Max. Des réapparitions, ou simplement des pistes, des signes, comme ce fils d’Antoine qui surgit un jour au Chili, Augustin, naturellement, ou cette fille croisée dans un appartement parisien, Yvonne, on l’aurait deviné !
Les générations se croisent, les fils s’emmêlent, faisant parfois de Max et d’Antoine les spectateurs d’une vie tout entière écrite dans Le Livre. Au centre, bien sûr, hors du temps et de l’espace, comme une réminiscence, le bal, au cœur du domaine perdu, une apparition au milieu du désert et de la mémoire.
Comme toujours chez Raul Ruiz, il faut accepter de s’égarer, se laisser entraîner sur des chemins familiers qu’un détour va faire basculer dans l’étrange. Il faut accepter de perdre ses certitudes, savoir que le temps n’est pas une ligne droite, que l’espace est mouvant, que la mémoire est traîtresse. "J’ai l’impression de vous connaître", répètent les personnages à l’envi. Raul Ruiz en joue ainsi de la littérature. Il retourne l’histoire comme un gant et nous en offre le reflet déformé, une empreinte inversée, une impression.