Le 13 février 2017


- Scénaristes : Jean-David Morvan>, Séverine Tréfouël>
- Dessinateur : David Evrard
- Coloriste : Walter Pezzali
- Collection : Tchô !
- Editeur : Glénat
- Famille : BD Franco-belge
- Date de sortie : 4 janvier 2017
A-t-on tout dit sur la Deuxième Guerre Mondiale en bande dessinée ?
Irena nous plonge dans l’épouvantable univers du ghetto de Varsovie, et met en valeur l’action d’une femme polonaise au courage exceptionnel, Irena Sendlerowa.
Irena se fonde sur la vie d’Irena Sendlerowa, femme polonaise qui vit et travaille au centre d’aide sociale de Varsovie et qui, à ce titre, est autorisée à apporter de l’aide au compte-goutte aux populations juives enfermées dans l’enfer du ghetto de Varsovie. L’héroïne finit par extraire des enfants juifs du ghetto, à ses risques et périls. Son activité pendant l’occupation nazie a été reconnue après-guerre : Irena Sendlerowa a été reconnue « Juste parmi les nations ». C’est cette histoire qui confronte l’humanisme d’une jeune femme courageuse à la barbarie nazie que les auteurs ont choisi de raconter.
Pour mener à bien ce récit qui comptera trois tomes, deux scénaristes - Jean-David Morvan (scénariste de Sillages) et Séverine Tréfouël (auteure de Youth United avec J-D Morvan), un dessinateur, David Evrard (Edwin et les Twins), et un coloriste, Walter Pezzali. Les auteurs signalent au début de l’ouvrage qu’ils utilisent la fiction « pour transmettre le mieux possible l’esprit de son combat » plutôt que s’en tenir à une lecture littérale de la vie de cette héroïne.
Dans ce premier tome, l’histoire se concentre essentiellement sur le ghetto de Varsovie en montrant la misère de ses habitants et l’aide qu’apporte tant bien que mal Irena, bientôt confrontée au dilemme : faut-il mettre en péril sa mission, sa vie et celle de ses camarades pour sauver celles d’enfants innocents ?
Le scénario cède à une ou deux reprises à la facilité, mais le récit est bien rythmé, avec un découpage des planches dynamique et de courts sauts dans le temps qui apportent un vrai plus à l’histoire. Il est toujours difficile de ne pas céder à la caricature quand on traite de la barbarie nazie, tant certaines actions et comportements nous paraissent insensées, mais ces traits de caractère ne se retrouvent pas tout le temps, et ce choix souligne l’inhumanité indiscutable de la situation. Le lecteur ne perd jamais de vue la gravité des choix à accomplir.
Le dessin échappe à un réalisme froid et à la volonté de faire trop « historique » : les traits des personnages sont grossis, la violence est quelque peu atténuée par la rondeur des personnages et le dessin se met à auteur d’enfant, rendant cette bande dessinée tout à fait accessible au jeune public, ce qui est son but initial. Seul l’essentiel est conservé des costumes et des traits des personnages, comme l’uniforme morbide de l’officier SS ou les lambeaux de vêtements des habitants du ghetto.
©Glénat édition 2017
Irena est un album réalisé avec intelligence qui s’adresse à la fois aux jeunes et aux adultes, en faisant découvrir la vie d’une femme au courage extraordinaire dans une bande dessinée à vocation mémorielle. Les auteurs nous démontrent qu’il est encore possible de réaliser de bons albums sur cette période sombre de l’histoire, et l’intérêt pour une figure issue de la Pologne - pays qui a énormément souffert de cette guerre - n’y est pas étranger.
72 pages - 14,95 €