Quality Streets
Le 10 juin 2004
Le deuxième disque du faux groupe de Mike Skinner possède une batterie de qualités qui l’installe d’emblée comme un classique de la scène anglaise d’aujourd’hui.


- Artiste : The Streets

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Après avoir annoncé (boutade ? intox ?) qu’il quittait le monde de la musique pour Hollywood, le malingre et malin Mike Skinner est de retour avec le deuxième album de son faux groupe. Ne bénéficiant plus de l’effet de surprise du direct et immédiat Original pirate material, A grand... séduit par ses détours et ses digressions, par sa verve et sa (presque) maturité.
A l’époque, il avait été le seul (avec peut-être M.J. Cole) à transformer l’essai UK garage, se servant de cette scène éphémère mais vivace pour développer un son et une écriture bien anglaise, où la description humoristique d’un quotidien pas drôle était soutenue par un mélange détonant de two-step, de ska et de hip-hop. Aujourd’hui, on ne peut pas dire que la recette ait changé, mais Skinner a mûri et s’est retrouvé dans la position de tout musicien ayant jeté toutes ses forces dans un premier disque : il fallait se renouveler, et penser le disque comme un tout, plutôt que comme une suite disparate.
Alors A grand don’t come for free (que l’on pourrait traduire par notre franchouillard "on n’a rien sans rien") conte les aventures picaresques de notre héros (prénommé Mike, évidemment) en 11 actes, avec ses personnages (Scott le pote, Simone la petite copine) et ses objets récurrents : Une somme d’argent perdue en chanson 1 sera-t-elle retrouvée avant la chanson 11 ? La télé de Mike sera-t-elle réparée au cours de l’album ? Changera-il de téléphone ? Autant de petites histoires du quotidien qui gravitent autour de l’histoire centrale : la construction d’une relation sentimentale, pierre après pierre, chanson après chanson. Il rencontre Simone durant le superbe Could well be in, se rend compte petit à petit qu’il préfère passer du temps chez elle qu’avec ses potes (le très soul I wouldn’t have it any other way), mais risque de la perdre car il n’a pas l’habitude des relations qui durent (Get out of my house). Jusqu’au sublime dénouement de Dry your eyes, surprenante ballade où une guitare acoustique soutient, sur deux accords, la voix enfin posée de Mike, qui fait le bilan de sa première histoire d’amour.
Mais rassurez-vous, vous qui n’êtes pas familiers avec l’anglais mention accent du Nord, A grand... recèle suffisamment de délices rythmiques et de gimmicks musicaux pour s’y régaler : du ska speedé de Fit but you know it aux réminiscences de la culture rave (Not addicted, Blinded by the lights), il y aura de quoi nourrir les dancefloors estivaux. La nouveauté, ce sont les violons et les voix féminines, qui s’installent au sein du son Streets comme s’ils y avaient toujours été (Could well be in, Dry your eyes), et accompagnent un retour au minimalisme électronique des rythmes UK garage. A grand... possède donc une batterie de qualités qui l’installe d’emblée comme un classique de la scène anglaise d’aujourd’hui : gouaille, humour, esprit pop et rythmiques actuelles efficaces.
A grand don’t come for free, The Streets (679/Warner)
Tracklisting :
1 It was supposed to be so easy
2 Could well be in
3 Not addicted
4 Blinded by the lights
5 Wouldn’t have it any other way
6 Get out of my house
7 Fit but you know it
8 Such a twat
9 What is he thinking ?
10 Dry your eyes
11 Empty cans