Le 11 juin 2008

Enfant gâté ou fils prodige ? M. Night Shyamalan revient à la charge avec Phénomènes. Pour mieux diviser, une fois de plus.
Enfant gâté ou fils prodige ? M. Night Shyamalan revient à la charge avec Phénomènes. Pour mieux diviser, une fois de plus.
Autant le dire tout de suite, M. Night Shyamalan ne fait pas l’unanimité sur notre site. Conspué par les uns, choyé par les autres, il est le prototype d’auteur américain, œuvrant dans un cinéma de genre a priori commercial, qui avait tout pour devenir le fils prodige d’Hollywood. Pourtant au fur et à mesure, alors que beaucoup le rapprochait de Spielberg, sa crédibilité, son ingéniosité et, allons-y, disons-le, son talent ont été sévèrement remis en question.
Passant symboliquement de Disney à la Warner avant d’offrir ses services à la Fox, le cinéaste qui a bâti son œuvre sur un goût immodéré pour les twists finaux (celui de Sixième sens, formidable d’ingéniosité, lui avait valu 300 millions de dollars aux USA) a déçu certains critiques, les spectateurs en manque d’action et donc ses producteurs.
Curieusement, les Français ont toujours été indulgents avec ses mauvaises manies qui auraient été décriées chez n’importe quel autre cinéaste : les relents conservateurs et patriotiques, nostalgiques d’une autre époque (Le village ventait le repli - américain ? - sur soi) ; la vision manichéenne de la religion (Signes n’offrait la rédemption pour survivre aux méchants extra-terrestres qu’à ceux qui avaient la foi, sic !) ; les images culturelles abêtissantes (les geeks glorifiés de La jeune fille de l’eau) ; ses métaphores naïves (La batte de baseball dans Signes, les céréales de l’épiphanie, encore dans La jeune fille de l’eau) .
Conservatisme, bondieuserie, patriotisme... Autant de voyants rouges qui irritent généralement les Français, mais qui appellent, exceptionnellement, aux circonstances atténuantes quand il s’agit d’argumenter sur le fils caché d’Hitchcock et Spielberg.
Autant le dire, la Fox ne porte pas une grande confiance commerciale dans ce blockbuster intimiste, gênée par les formules à rebrousse-poil d’un cinéaste, qui, qu’on l’apprécie ou non, a au moins le mérite de ne pas laisser indifférent. De rares projections de presse pour des journalistes triés sur le volet, une demande explicite de publication tardive des critiques... Le malaise est grand, mais nourrit une curiosité réelle envers un métrage qui nous paraît au final presque indispensable pour mieux comprendre les contradictions hollywoodiennes contenues dans le diktat du commerce et la volonté des auteurs de s’affirmer, le poids du passé historico-culturel auquel ces derniers aspirent toujours et la volonté farouche d’innover.