Le 13 octobre 2004


Enrique Vila-Matas décline à nouveau ses thèmes de prédilection, se faisant le héros d’un roman d’apprentissage.
Enrique Vila-Matas décline à nouveau ses thèmes de prédilection, se faisant le héros d’un roman d’apprentissage.
A partir des doutes et des certitudes mégalomaniaques d’une jeunesse qui se veut bohème, Vila-Matas retrace ses années parisiennes, années d’apprentissage, de rébellion, d’angoisse du lendemain et surtout de la fabuleuse saveur d’un moment présent qui n’existe que pour lui-même. Cultivant une improbable ressemblance avec Ernest Hemingway [1], l’auteur suit les traces de son idole dans un Paris idéal qui lui renvoie parfois brutalement la cruelle image de la réalité. Vie de bohème parmi les fantômes d’un Paris mythique qu’il s’évertue à faire revivre, écrivain maudit traqué par l’œil de sphinx de sa logeuse, Marguerite Duras, qui le harcèle de questions, dans son "français supérieur", "Mallarmé ou Rimbaud" ? C’est aussi l’histoire de la genèse de ce premier roman, La lecture assassine, alibi d’un séjour qui se veut pèlerinage aux sources du cliché, tentative de correspondance entre un rêve et une vérité.
Vila-Matas tire les ficelles, comme à son habitude, file les anecdotes pour cimenter un récit épars, et revenir à son propos, ce livre qui tuerait ses lecteurs ! Il est bien entendu toujours question de création, d’identification à des maîtres qui comme Gombrowicz ou Musil dans Le mal de Montano, veillent sur les talents en marche comme un sur-moi de rechange pour les pièges de la route. "Paris est une fête", affirmait Hemingway... Pas si sûr. C’est en tout cas une étape, un passage obligé, et de là viendra la lumière !
Enrique Vila-Matas, Paris ne finit jamais, (Paris no se acaba nunca, traduit de l’espagnol par André Gabastou), Ed. Christian Bourgois, 2004, 292 pages, 21 €
[1] Il s’agit évidemment du Hemingway de Paris est une fête, récit dans lequel il raconte ses années de jeunesse à Paris