Le 3 octobre 2021


- Réalisateur : Lisa Bierwirth
- Acteurs : Alex Brendemühl, Hanns Zischler, Passi Balende, Ursula Strauss, Victoria Trauttmansdorff
- Nationalité : Allemand
- Durée : 2h05mn
Dans un film qui peine à embarquer son spectateur, Ursula Strauss et Passi Balende ne peuvent intrinsèquement souffrir d’aucun reproche, mais l’alchimie semble avoir du mal à opérer à l’écran.
Le film était projeté en ouverture du 26e Festival du cinéma allemand.
Résumé : Galeriste allemande de Francfort, Monika n’a rien en commun avec Joseph, diamantaire congolais en attente de régularisation, qui survit de combines plus ou moins légales dans la même ville. Tous deux pensent qu’ils sont différents, qu’ils ne sont pas le produit de leur environnement et qu’ils vont pouvoir surmonter les obstacles. Pourtant, la défiance s’immisce dans leur amour…
Critique : Lisa Bierwirth aura eu besoin de dix ans pour parfaire son Prince. De la première interview pour s’imprégner des milieux qu’elle allait dépeindre jusqu’à la tournée des festivals de 2021, elle n’aura eu de cesse de peaufiner son bébé, ce qui crée une sincérité que personne ne pourra lui reprocher.
Sans grande originalité dans la mise en scène, que les esprits les moins indulgents qualifieront de relativement plate, Bierwirth développe son histoire d’amour sur fond de discours social avec sobriété, et une certaine justesse. On regrettera que le casting, porté par Ursula Strauss et Passi Balende, manque cruellement de naturel. Certes, l’histoire d’amour qui couvre un mariage quasiment arrangé ne fait pas toujours d’étincelle, et cela est logique dans le scénario. Toutefois, il y a une différence entre installer une forme de froideur au sein de son duo principal, et ne jamais parvenir à restituer la moindre connivence dans leur couple. On peine à ressentir l’attraction physique que Monika ressent pour Joseph. Pourtant, au moins au début, un coup de foudre est censé avoir lieu. La relative froideur de la mise en scène n’en laisse rien paraître.
- Copyright Port Au Prince Pictures
La structure du film repose sur les deux points de vue, a priori radicalement opposés, de Monika et Joseph. Leur histoire devra s’affranchir des barrières du statut social, de la culture, mais aussi de la morale. En effet, n’ayant pas grandi dans le même milieu ni avec les mêmes règles et les mêmes besoins, les deux ont un rapport bien différent à l’éthique. Le business de Joseph, qui aurait pu révolter Monika, ne lui pose en fin de compte aucun problème, aveuglement amoureux oblige.
L’écriture de Lisa Bierwirth et de son coscénariste Hannes Held est assez efficace, avec une progression logique et bien menée. Néanmoins, le film, pourtant largement en dessous des deux heures, pourra sembler long, notamment à cause d’une dernière partie qui veut étirer son propos, et tombe parfois dans le surplace en matière d’évolution de ses personnages. Monika paraît naïve tout au long du récit, et il est parfois difficile de trouver des raisons logiques à son effacement et l’acceptation du fait que Joseph se joue ouvertement d’elle. Le coup de foudre explique cela dans l’histoire. Mais on revient au problème initial du manque de chaleur et d’alchimie de la rencontre.
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Finalement, avec une forme de froideur et sans grande originalité, il est probable que Le Prince ne fasse pas date, sans pour autant faire tâche.