Dieu reconnaîtra les siens
Le 22 novembre 2005
Un chemin de croix qui s’égare dans un délire collectif. Désopilant et tendre.


- Auteur : Andrea Camilleri
- Editeur : Métailié
- Genre : Roman & fiction

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La représentation de la Passion du Christ est un grand moment pour le village de Vigàta. Les habitants s’investissent dans ce spectacle et se disputent les premiers rôles. Celui de Judas n’attire pas les foules et depuis quelques années, c’est le comptable Patò qui l’incarne avec toute son humilité et son sens du sacrifice. Seulement cette année-là (nous sommes en 1890), lorsque la trappe s’ouvre pour faire disparaître le traître, Patò disparaît bel et bien, sans laisser de traces.
Camilleri va alors se lancer dans une enquête désopilante, enchaînant des documents officiels en tout genre, du rapport de gendarmerie aux notes de service les plus ineptes, en passant par les articles des deux journaux concurrents, pour tenter de dénouer le mystère de cette disparition.
Le roman se présente comme une succession de fac-similés de documents de tout poil, qui peu à peu dessinent le portrait d’un village sicilien plus vrai que nature. Fausses pistes, jalousies, rivalités, doubles vies et mafia locale, rien ni personne n’échappe à la plume sarcastique de Camilleri qui joue de toutes les couleurs de la langue pour dresser un tableau intemporel, irrésistible et tendre. L’ombre de Gadda n’est jamais très loin dans cette langue réjouissante et multiforme où se dilue peu à peu une enquête qui ouvre le champ à tous les délires. On ne se méfie jamais assez ! Le chemin de croix peut parfois être pavé de très mauvaises intentions !
Andrea Camilleri, La disparition de Judas, (La scomparse di Patò, traduit de l’italien par Serge Quadruppani assisté de Maruzza Loria pour le sicilien), Métailié, coll. "Suite italienne", 2005, 247 pages, 9 €