Jeux interdits
Le 31 juillet 2007
En scrutant les limites entre folie et raison, Chabrol fait du pur Chabrol et ça lui va bien au teint.


- Réalisateur : Claude Chabrol
- Acteurs : Benoît Magimel, Suzanne Flon, Laura Smet, Aurore Clément, Michel Duchaussoy, Bernard Le Coq, Thomas Chabrol, Philippe Duclos, Chantal Banlier
- Genre : Drame, Policier / Polar / Film noir / Thriller / Film de gangsters, Thriller, Romance, Policier
- Nationalité : Français, Allemand
- Distributeur : Bac Films
- Editeur vidéo : France Télévisions
- Durée : 1h50mn
- Date de sortie : 17 novembre 2004

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Résumé : Cadre commercial dans une entreprise de bâtiment, Philippe Tardieu vit avec sa mère et ses deux sœurs dans la banlieue nantaise. Lors du mariage de sa sœur, il rencontre Senta, une jeune fille mystérieuse et anticonformiste, dont il tombe fou amoureux.
Critique : Plongée dans l’univers provincial chabrolien qui, pour notre plus grand plaisir, continue de régler ses comptes avec une petite bourgeoisie qui tente coûte que coûte de sauver les apparences. Après La fleur du mal, place à un nouveau couple de jeune gens (Benoît Magimel et Laura Smet, tous les deux impeccables) entraînés dans une sordide histoire d’amour. Dix ans après La cérémonie, Chabrol choisi à nouveau d’adapter Ruth Rendell (dont les romans à succès ont inspiré d’autres cinéastes français tels Claude Miller avec Betty Fisher et autres histoires ou encore Gilles Bourdos et ses Inquiétudes) et nous livre un polar où finalement l’intrigue compte moins que l’atmosphère dans laquelle elle se déroule. Soit la province nantaise et ses petites habitudes : l’ennui, la lenteur, les commérages, les mariages glauques et ses habitants à l’apparence si lisse mais qui en réalité souffrent de solitude à l’image de la mère de Philippe (formidable Aurore Clément) qui tente désespérément de se convaincre que tout va bien alors que tout fout le camp (sa fille aînée va épouser un véritable crétin tandis que sa cadette fugue).
Et lorsque le raisonnable Philippe rencontre la mystérieuse Senta (à la limite de la folie et totalement mythomane), c’est tout cet univers aseptisé et bien réglé qui se retrouve chamboulé. En effet, comment réagir lorsque Senta lui affirme que pour vivre pleinement, il faut avoir planté un arbre, écrit un poème, fait l’amour avec une personne du même sexe et enfin, lui suggère qu’il faut aussi par amour, savoir tuer quelqu’un... Très vite s’installe un petit jeu malsain dont Philippe, sans vraiment s’en rendre compte, perd totalement la maîtrise. S’il est vrai que l’intrigue est d’une banalité absolue (contrairement à Philippe, on avait tous compris dès le début que Senta n’était pas très claire !), Chabrol l’utilise en réalité pour scruter la limite entre folie et raison et nous entraîne, avec un malin plaisir, dans une descente aux enfers. Comme à l’accoutumée, La demoiselle d’honneur ravira les admirateurs du cinéaste et énervera ses détracteurs qui lui reprocheront de toujours refaire le même film... Peut-être, mais il le fait si bien !