Rock
Le 15 octobre 2002
Comment revisiter le vieux rock épique en l’assaisonnant.

- Artiste : JJ 72

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En l’an 2000, ils ont à peine vingt ans lorsque la presse anglaise lassée de Placebo et en quête d’un nouveau Muse, propulse le trio en couverture des magazines. Ambition affichée du nouvel album de JJ72 : revisiter le vieux rock épique de Joy Division et de The Cure, en l’assaisonnant d’un zeste de Smashing Pumpkins.
L’atout le plus précieux de JJ72 réside peut-être dans la voix d’angelot de Mark Greaney. Dans un registre qui va de l’incantation au ululement, le blondinet androgyne est capable d’habiller à la perfection les titres rock les plus exaltés (Formulae) comme leurs jumeaux les plus pop (I Saw A Prayer). Une telle interprétation, bien que chargée en pathos, sauve d’ailleurs souvent des textes embourbés dans un mysticisme de troisième zone si cher au Bono des mauvaises heures. Cependant, JJ72 atteint un juste équilibre quand la ferveur l’emporte sur le maniérisme, offrant ainsi à I To Sky de fulgurants éclats de violence (Serpent Sky).
Evidemment, impossible de faire l’impasse sur le producteur Flood, qui fait ici preuve du même talent qu’avec Depeche Mode, U2 et surtout les Smashing Pumpkins sur Mellon Collie et MACHINA : The Machines of God. A grand renfort de fioritures électroniques, il arrache les titres de I To Sky à la pesanteur pour en faire de véritables hymnes, ou tisse un fin voile d’écho autour des ballades les plus rêveuses. Les fans des Pumpkins s’étonneront peut-être de retrouver un son que Billy Corgan avait fait sien, utilisé ici comme un catalyseur pour ces jeunes pousses. Mais ce traitement de première classe sert à merveille ces amples lignes de guitares qui semblent parfois empruntées à The Edge.
Aux côtés de quelques compositions à tiroirs, quelques titres plus sobres évitent à l’ensemble de franchir la fine ligne entre majesté et boursouflure : notamment Nameless et Olche Mhalth qui ouvrent et concluent l’album avec une poignante retenue. A écouter aussi, Sinking, le plus prenant des titres de I To Sky se contente pourtant d’une gamme limitée de sons : basse assourdie, effleurement des cordes de la guitare, vibrations des peaux de batterie. Un bel exemple de ce dont les JJ72 sont capables quand ils parviennent à digérer leurs lourdes influences.