Le 16 avril 2023
Si on est indulgent, on prendra l’air de la campagne avec deux épicuriens qui réfléchissent. Dans le cas contraire, on discernera la tendance d’un certain cinéma poujadiste.


- Réalisateur : Jean Becker
- Acteurs : Jean-Pierre Darroussin, Daniel Auteuil, Fanny Cottençon, Nicolas Vaude, Hiam Abbass, Élodie Navarre, Roger Van Hool, Bernard Crombey
- Genre : Comédie dramatique
- Nationalité : Français
- Distributeur : Universal - StudioCanal
- Durée : 1h45mn
- Date télé : 16 avril 2023 21:10
- Chaîne : C8
- Date de sortie : 6 juin 2007
Critique : Ce film enchantera ceux qui ont aimé Les Enfants du marais et désolera les autres. L’éloge d’une certaine France, restée proche des campagnes, avec un bon sens commun que ne renieraient ni Orwell, ni Onfray (la fameuse common decency) s’incarne dans le personnage du jardinier, que joue avec une bonhommie pateline Jean-Pierre Darroussin. Le peintre en rupture avec le monde qu’il fréquentait, aussi snob qu’urbain, forcément, se ressource auprès de son camarade qui pourrait vendre du fromage ou du poulet dans une publicité où la ruralité serait comme essentialisée, ainsi que le peuple dont le jardinier est une figure métonymique, une synthèse de Gaulois ancestral, tout à fait capable de proverbes matois et de prophéties météorologiques.
De cette figure virgilienne, le citadin en rupture a, bien sûr, beaucoup à apprendre. Becker, comme souvent, plonge son doigt dans une confiture enfantine qui sent bon les valeurs d’antan, avant que la modernité, réduite à quelques vagues considérations, au détour d’échanges apathiques, ne vienne tout gâcher. Une analepse, qui rappelle les bêtises commises par les deux personnages, jadis camarades de classe, exhume la figure d’un instituteur représentée à l’ancienne, comme un hussard de la troisième République, à travers une configuration furieusement anachronique, aussi agaçante qu’une craie qui crisse sur un tableau. Le reste est à l’avenant, ronronne en suivant son chemin vicinal, à l’abri du numérique et des femmes plutôt contrariantes ou muettes. Jusqu’au déclin du jardinier, toujours attaché à sa terre, dans un monde où toute conflictualité a disparu. Il lui suffira ensuite de s’éteindre gentiment, accompagné par la gracieuse mélodie d’un concerto de Mozart.
On souhaiterait presque, dans un contrepied radical, pétarader avec un diesel au-dessus des plates-bandes où poussent les légumes, pour secouer la torpeur mièvre qui englue la vie de ces deux-là, déranger l’autosatisfaction virile où les conduit leur molle sagesse. Mais certains films ont aussi des vertus anesthésiantes qui découragent toute entreprise. Dialogue avec mon jardinier en fait partie.
techji 2 octobre 2020
Dialogue avec mon jardinier - la critique du film
Il faut entrer dans l’univers de Jean Becker. Une fois que l’on y est, c’est toujours rafraichissant de simplicité et d’émotion.