La mémoire est soluble dans le cinéma
Le 12 juin 2007
Mémento sentimental et sensuel : un film brillant


- Réalisateur : Apichatpong Weerasethakul
- Acteurs : Buyandulam Daramdadi Batchuluun, Marie-Christine Barrault, Arkanae Cherkam,
- Genre : Drame
- Nationalité : Français, Autrichien, Thaïlandais
- Distributeur : ID Distribution
- Durée : 1h45mn
- Titre original : Sang sattawat
- Date de sortie : 13 juin 2007
- Festival : Festival de Venise 2006
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Résumé : Dans un hôpital, quelque part en Thaïlande, un homme désire une femme. De nos jours ? Il y dix ans, vingt ans ? Apitchapong Weerasethakul a la mémoire qui flanche. Tant mieux !
Critique : Voici, après I Don’t Want to Sleep Alone, le deuxième ovni enfanté par le Festival New Crown Hope qui célèbre, à sa manière, le 250e anniversaire de la naissance de Mozart. Il faut tout de même creuser pour trouver un fuseau horaire commun au compositeur viennois et au réalisateur thaïlandais. Et si le cinéma d’Apichatpong Weerasethakul est à des années-lumière des harmonies classiques, Syndromes and a Century a tout de la diffusion musicale. En rase campagne, entre une nature sensuelle et la montée de sève d’un nouveau médecin pour celle qui le recrute, son dernier film explore une narration a minima pour s’éloigner des sentiers battus du cinéma. Cela ressemble, à s’y méprendre, à une histoire d’amour, à une ode à une Thaïlande pétrie de culture religieuse et pourtant c’est plus que ça.
Nappe phréatique à l’étendue improbable, Syndromes and a Century se cristallise sur les souvenirs du réalisateur et de la vie amoureuse de ses parents. Mais tout est affaire de décentrage dans une œuvre qui, constamment, défait son propos. Les personnages (notamment un médecin qui joue au chanteur populaire après le travail, et un moine dont le trip était de devenir DJ !) s’appellent les uns les autres pour effacer une quelconque construction psychologique. Le film s’arrête puis reprend dans une redondance étrange contant à nouveau ce qu’il s’était évertué à nous exposer. Les lieux, les époques déclinent un scénario aussi épais qu’une feuille de cigarette mais dont la fascination berce le regard. Ce sont ses travellings latéraux balayant un parc à la beauté intemporelle, cette image d’une bouche d’aération fumante ou ce sentiment que, même si on y comprend que dalle, un grand film est devant nos yeux.
Norman06 26 avril 2009
Syndromes and a Century - Apichatpong Weerasethakul - critique
L’univers singulier de ce grand auteur thaïlandais est intact dans ce nouveau film, trip saisissant et envoûtant, sur la trame d’une double narration. Dépaysant. Spectateurs pressés s’abstenir.