Choc de culture
Le 8 avril 2015
L’odyssée d’une jeune occidentale dans une entreprise japonaise. Drôle et pertinent.


- Réalisateur : Alain Corneau
- Acteurs : Sylvie Testud, Kaori Tsuji, Heileigh Gomes
- Genre : Comédie dramatique
- Nationalité : Français
- Editeur vidéo : Studiocanal
- Durée : 1h47mn
- Date télé : 22 août 2024 23:54
- Chaîne : Ciné+ Classic
- Date de sortie : 12 mars 2003

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Regards croisés : Stupeur et tremblements, le roman d’Amélie Nothomb
Résumé : Amélie, jeune Belge d’une vingtaine d’années, n’a qu’une idée en tête : retrouver le Japon qu’elle a quitté depuis sa petite enfance. Diplômes en poche et parfaitement bilingue, elle décroche un emploi de traductrice dans la prestigieuse multinationale Yumimoto à Tokyo. Fascinée par une culture qu’elle pense maîtriser, Amélie est aussitôt subjuguée par sa supérieure directe, la sublime Mlle Mori. Mais l’intégration n’est pas aisée. Tout ce qu’elle entreprend, fort naïvement, pour être acceptée est vécu comme une offense. Ses supérieurs, et Mlle Mori la première, s’acharnent dès lors sur elle, jusqu’à l’affecter à l’entretien des toilettes.
Critique : Voyage initiatique d’une jeune Occidentale confrontée au monde de l’entreprise japonais et sa conception toute particulière des rapports hiérarchiques. Alain Corneau surprend et signe une œuvre subtile et brillamment interprétée.
Adaptation fidèle du roman d’Amélie Nothomb, Stupeur et tremblements est le treizième long métrage Alain Corneau et sans doute son œuvre la moins dramatique. Malgré la violence des rapports humains et les brimades successives dont est victime le personnage central, le ton reste léger et les situations comiques. La mise en scène est ingénieuse et échappe au piège de la caricature. Subtilement, Amélie se libère de ses contraintes en volant au dessus d’un Tokyo de béton et de buildings. Métaphorique.
C’est aussi un double voyage, celui de la découverte d’un ailleurs, mais également de l’exploration de soi. Tout ce que nous voyons existe au travers d’Amélie et de ses pensées par l’utilisation de voix off. Corneau dira "...on découvre des lieux, des gens, mais au delà de cet ailleurs exotique, ce qui compte c’est d’aller dans le regard des autres, de s’y perdre..." Et nous nous perdons volontiers dans le bleu de ce regard sympathique et courageux, brillamment interprété par Sylvie Testud.
Le plus troublant restera sans doute dans la relation entre Mlle Mori (Kaori Tsuji) et Amélie. Un rapport de soumission et d’humiliation se dessine rapidement. Plus Mlle Mori méprise Amélie, plus Amélie l’aime et la hait en même temps. Un rapport paradoxal qui permet à notre héroïne de tout accepter, même les pires sarcasmes. Tout s’achève dans un feu d’artifice orgasmique. La surprise est de taille.
Notons la scène où Corneau montre Amélie et Mlle Mori se menaçant avec un colt, clin d’œil à Police Python 357 (1976) : "Il m’a permis de transposer un passage du livre. Pour moi, une arme à feu au cinéma, c’est juste un symbole des rapports de force."