Le 24 septembre 2024
Sans doute le meilleur Alain Corneau, avec la collaboration du grand écrivain Georges Perec. Et une prestation inoubliable de Patrick Dewaere.


- Réalisateur : Alain Corneau
- Acteurs : Myriam Boyer , Bernard Blier, Patrick Dewaere, Jeanne Herviale, Marie Trintignant
- Genre : Drame, Policier
- Nationalité : Français
- Distributeur : Gaumont Distribution, Tamasa Distribution
- Durée : 1h51mn
- Date télé : 28 mars 2025 20:50
- Chaîne : Ciné+ Classic
- Reprise: 11 avril 2018
- Date de sortie : 25 avril 1979
- Festival : Festival de Cannes 1979

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Résumé : Franck, représentant de commerce, traîne son existence minable dans la triste banlieue parisienne. Ce porte-à-porte laborieux fait bientôt la rencontre de Mona, une adolescente de dix-sept ans. Ils se découvrent alors un même but : fuir leur morne condition, quitte à employer les moyens les plus... expéditifs !
Critique : Après trois premiers films remarqués, dont le désormais mythique Police Python 357, Alain Corneau s’attaque à un sacré défi : adapter l’univers de Jim Thompson, un des plus grands auteurs de polar américain. Secondé par l’écrivain Georges Perec (rien que ça), le réalisateur déplace l’intrigue du roman Des cliques et des cloaques dans un enfer urbain, peuplé de personnages céliniens. Aujourd’hui, il est difficile d’appréhender Série Noire, sans être piégé par la performance de Patrick Dewaere. On sait que le film d’Alain Corneau a largement contribué à alimenter le mythe de l’acteur qui, en effet, "vampirise" l’écran par sa seule présence, à telle enseigne que les documentaires consacrés au comédien ne font jamais l’économie de la fameuse scène où Poupart se fracasse la tête contre sa voiture, après avoir insulté la jeune Mona dont il est amoureux.
Reçu par beaucoup comme un déchaînement de violence brute, faisant écho à celle que Dewaere retourna contre lui dans un geste ultime, ce moment intense du film constitue en fait "un déchirement", comme le dira le réalisateur dans une interview. Evidemment, elle étreint le cœur de ceux qui la regardent et souligne à quel point Patrick Dewaere ne se réduit pas à l’image d’un acteur animé d’une simple force animale et prompt à la déchaîner sous n’importe quel prétexte. Car la mythomanie de Poupart, minable représentant de commerce, contraint de voler et de tuer pour une histoire d’amour impossible, impose une variété de postures, du burlesque jusqu’à colère.
Pourquoi alors invoquer le cabotinage, comme certains critiques l’ont fait au moment de la sortie du film ? En vérité, l’instabilité qui concerne l’ensemble des personnages, est catalysée par un environnement poisseux, selon une implacable logique de fatalité. L’ensemble fait de Série Noire une sorte de cauchemar des cités. Au bout du tunnel, la jeune Mona (Marie Trintignant, inoubliable) semble virevolter dans le bras de son impossible amant. Mais son corps dessine un cercle dont les personnages ne sortiront pas.
A sa sortie, l’œuvre de Corneau s’avère un demi-échec (moins d’un million d’entrées). Certes, elle conforte l’immense talent de Patrick Dewaere, mais les palmarès des festivals ne le valideront pas. Rien pour le comédien au Festival de Cannes, où le long métrage est présenté. Le coup de grâce a lieu aux Césars : Claude Brasseur se voit attribuer la récompense du meilleur acteur de l’année pour La guerre des polices. Plus de trente ans après sa sortie, Série noire est reconnu comme un classique du polar cinématographique, cafardeux à souhait et la performance de Dewaere unanimement saluée comme une des plus marquantes de toute l’histoire du cinéma français.