Boule de suif
Le 31 mai 2011
Un film qui laisse la part belle aux figures féminines fortes tout en les condamnant avec une fascinante résignation.

- Réalisateur : Kenji Mizoguchi
- Acteurs : Isuzu Yamada, Daijiro Natsukawa, Komako Hara, Yoshisuke Koizumi, Eiji Nakano
- Genre : Drame
- Nationalité : Japonais
- Editeur vidéo : Carlotta Films

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– Durée : 1h18mn
– Titre original : Maria no Oyuki
Un film qui laisse la part belle aux figures féminines fortes tout en les condamnant avec une fascinante résignation.
L’argument : Dans le Japon des années 1870, à l’époque de la guerre de Seinan, Oyuki, une prostituée, fuit l’armée impériale. Oyuki voyage avec Okin, issue également des classes populaires, et quelques nobles méprisants...
Notre avis : Amateur de culture occidentale, Mizoguchi adapte ici librement Boule de suif qu’il transpose en 1877 pendant la révolte du clan samouraï Satsuma contre l’armée impériale. L’héroïne de Maupassant se retrouve dans Oyuki, la prostituée au grand cœur incarnée par Isuzu Yamada et Okin, toute en rondeurs et en gouaille. Alors que les deux femmes subissent les railleries de leurs compagnons de voyage, la carriole est immobilisée en rase campagne et la faim commence à se faire sentir. Dès lors, les rapports de force sont inversés.
Au-delà de la fresque historique, le film reprend un thème de prédilection de Mizoguchi : le sacrifice demandé à la femme. Tombés aux mains de l’ennemi, les prisonniers se retrouvent à la merci de la lubricité du commandant. Cet incident révèle le caractère profond de chacun : la bassesse des nobles, la fragilité d’Okin, la grandeur d’âme d’Oyuki, le sens de l’honneur du commandant. Libres, les passagers refusent de reconnaître celles qui les ont sauvés et les empêchent d’embarquer. Laissées à elles-mêmes, Oyuki et Okin se retrouvent alors rivales. Un sentiment pourtant bien vain, puisque qu’aucune des deux ne sera jamais acceptée par la société. Ici, conflits de classe et rivalités amoureuses se reflètent par la mise en espace.
Oyuki, la vierge est un film visuel et fataliste.
Le DVD
Les suppléments
Comme pour La cigogne en papier, l’introduction de Pascal Vincent permet de situer le film dans son contexte historique. De plus, un intéressant documentaire de 19 minutes retrace la vie d’Isuzu Yamada, actrice vedette du cinéma japonais qui fut successivement la muse de Mizoguchi, Naruse, Kinugasa et Kurosawa.
Image & son
À la différence de La cigogne en papier, ici, le matériel d’origine, visiblement très dégradé, n’a permis qu’une restauration aléatoire. L’image reste inégale, instable et souffre de multiples tâches et griffures tandis que la piste sonore mono en japonais demeure fortement parasitée. Difficile dans ces conditions d’apprécier pleinement le film.