Le 15 juillet 2024
Cette comédie généreuse, ode à la classe ouvrière, est le film le plus célèbre de Robert Guédiguian. Ariane Ascaride remporta le César de la meilleure actrice.


- Réalisateur : Robert Guédiguian
- Acteurs : Jean-Pierre Darroussin, Ariane Ascaride, Gérard Meylan, Pascale Roberts, Laetitia Pesenti, Jacques Boudet, Frédérique Bonnal
- Genre : Comédie
- Nationalité : Français
- Distributeur : Diaphana Distribution
- Editeur vidéo : Arte Vidéo
- Durée : 1h42mn
- Date télé : 24 janvier 2021 13:35
- Chaîne : France 3
- Date de sortie : 19 novembre 1997
- Festival : Festival de Cannes 1997

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Résumé : Les amours de Marius et Jeannette qui vivent dans les quartiers Nord de l’Estaque à Marseille. Marius vit seul dans une cimenterie désaffectée qui domine le quartier, gardien de cette usine en démolition. Jeannette élève seule ses deux enfants avec un maigre salaire de caissière. Leur rencontre ne sera pas simple car, outre les difficultés inhérentes à leur situation sociale, ils sont blessés par la vie.
Critique : Présenté dans la section Un Certain Regard du Festival de Cannes, Marius et Jeannette y connut un accueil chaleureux, quelques mois avant sa triomphale sortie en salles. Il s’agit, à ce jour, du plus gros succès de Robert Guédiguian, cinéaste jusque-là confidentiel, petit maître d’un cinéma régionaliste et artisanal. Ariane Ascaride (Jeannette) et Gérard Meylan (Marius) avaient déjà joué dans les films antérieurs du cinéaste, formant le couple de son premier long métrage, Dernier été, en 1981. Marius et Jeannette se veut d’ailleurs un retour aux sources pour Guédiguian qui y filme Marseille et le populaire quartier de l’Estaque. Le film est d’abord une jolie comédie de mœurs, qui tranche avec la noirceur d’À la vie, à la mort, qui le précédait. Le marivaudage sentimental entre ces deux écorchés de l’existence est une réussite dans l’écriture, et Guédiguian retrouve le ton et la saveur des contes de Pagnol, auquel on ne cesse de penser, ne serait-ce que par le décor et l’accent marseillais, mais aussi pour toute une faune de personnages secondaires qui apportent la saveur au récit. La petite cour où l’on rigole et discute entre voisins prolonge le café de la partie de cartes de Marius. L’on y croise Monique (Frédérique Bonnal), charriant son époux (Jean-Pierre Darroussin) pour avoir voté, certes une seule fois dans sa vie, pour le Front national.
L’ancienne déportée communiste (Pascale Roberts) vocifère contre la bourgeoisie, partage son repas, et parfois son lit, avec le vieil instituteur agnostique (Jacques Boudet) ; le petit monde de Guédiguian est ainsi composé de gens du peuple et d’ouvriers à qui le film est d’ailleurs explicitement dédié. C’est qu’au-delà de sa trame romanesque, Marius et Jeannette se veut ouvertement politique. Le chômage et la précarité d’emploi y sont dénoncés sans fioritures, l’humour pouvant être interprété moins comme la politesse du désespoir que moteur de l’espérance. Ainsi, le renvoi de Jeannette de son poste de caissière, après sa confrontation avec un petit chef tyrannique (Pierre Banderet), est-il traité en mode burlesque, façon Chaplin, loin du sort tragique qu’’Alain Tanner faisait subir à Miou-Miou dans Jonas qui aura 25 ans en l’an 2000 (1976). Réalisateur optimiste et résolument militant, Guédiguian veut croire en la pérennité de la culture ouvrière, au-delà de la désindustrialisation (la cimenterie désaffectée) et de la mobilité sociale, incarnée ici par Magali (Laetitia Pesenti), la fille de Jeannette, qui deviendra journaliste. Le film reçut sept nominations aux César. Ariane Ascaride, épouse du cinéaste, gagna celui de la meilleure actrice.
Prix Louis Delluc 1997 - César 1998 de la meilleure actrice pour Ariane Ascaride