Le 22 avril 2023


- Scénariste : Paul Rey>
- Dessinateur : Paul Rey
- Genre : Drame, Policier, Anticipation
- Editeur : Sarbacane
- Famille : BD Franco-belge
- Date de sortie : 5 avril 2023
Résumé : En 2055, les interfaces vocales ont envahi le quotidien, et la Provence n’y échappe pas. En y revenant, Ezra sait que la disparition de son frère y est liée, car son enquête personnelle lui indique que c’est en voulant se couper de tout qu’il a abandonné sa famille...
Critique : Pour fonctionner, un bon thriller d’anticipation ou de science-fiction n’a souvent besoin de ne s’intéresser qu’à un élément, scientifique, technologique ou dimensionnel. Pour Le Syndrome de l’Icerberg, Paul Rey, après son Jardin d’Hiver, a décliné une France (avec un détour par le Japon) livrée aux Intelligences Artificielles, ou plutôt les assistants vocaux qui n’ont eu de cesse d’évoluer pour infiltrer lampadaires, restaurants ou encore peluches. Dans ce monde synthétique, une seule issue semble possible, la disparition, mais celle-ci apparaît trop suspecte au héros, et donc au lecteur. D’ailleurs, même lorsqu’elle prend forme et permet une certaine évasion, on sent que quelque chose cloche, car c’est le propre de l’anticipation : surprendre tout en conservant jusqu’au bout ce malaise, non pas celui du fantastique qui fait se demander si tout est bien réel, mais plutôt cette gêne – « et si le monde futur tournait de cette façon ? » – bien plus anxiogène. Et de fait, l’anxiété prend le dessus, dans le passé, dans le présent des personnages, et tandis que se joue leur avenir, on se plaît à les suivre dans ce qui semble être une lente dérive entre jeu virtuel, gouvernement répressif et solitude sociale.
© Sarbacane / Rey
Pour servir cette enquête plus familiale que policière et cette vision de la société future, Paul Rey se sert de ses personnages et décors qui semblent perméables au réel, adaptables à n’importe quelle situation, qu’elle soit étrange ou normale, d’un laboratoire froid à un jardin écrasé de chaleur, d’une scène d’amour dans la pénombre à un jeu vidéo sans limites, d’un oncle fatigué à une nièce taciturne, tout semble non pas figé mais plutôt dans un perpétuel mouvement. Il faut s’intéresser évidemment aux couleurs, avec des nuances de violet qui forment un ensemble magnifique, d’un lilas immaculé englobant personnages, lieux et actions.
© Sarbacane / Rey
One-shot bluffant d’un futur anticipé sans grandes révolutions, Le Syndrome de l’Icerberg ne propose pas de Skynet ou d’androïdes en fuite, mais met en scène une normalité qui effraie.
192 pages – 28 €