Le 18 février 2024
Pour son premier long métrage de cinéma, Olivier Py propose un portrait sarcastique de Molière, dans un exercice de style plutôt séduisant.


- Réalisateur : Olivier Py
- Acteurs : Jeanne Balibar, Judith Magre, Olivier Py, Laurent Lafitte, Dominique Frot, Catherine Lachens, Stacy Martin, Bertrand de Roffignac, Jean-Damien Barbin, Émilien Diard-Detoeuf, Gray Orsatelli, Céline Chéenne, Eva Rami
- Genre : Comédie dramatique, Biopic, Historique, LGBTQIA+
- Nationalité : Français
- Distributeur : Memento Distribution
- Durée : 1h34mn
- Date de sortie : 14 février 2024

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Résumé : Paris, 17 février 1673. Comme tous les soirs, Molière monte sur la scène du théâtre du Palais-Royal pour jouer Le malade imaginaire. Ce sera sa dernière représentation.
Critique : Il n’était pas surprenant de voir Olivier Py s’attaquer à Molière via la mise en abyme du Malade imaginaire, pour son premier long métrage de cinéma. Directeur du Festival d’Avignon de 2013 à 2022, actuellement à la tête du théâtre du Châtelet, dramaturge et metteur en scène de renom, Olivier Py avait interprété lui-même le personnage d’Argan en 1994, sous la direction d’un Jean-Luc Lagarce alors mourant... Écrit en collaboration avec Bertrand de Roffignac, qui en outre incarne le comédien Baron, Le Molière imaginaire, de par son titre, assume sa volonté de prendre du recul avec une vraisemblance historique de toute façon inutile au septième art, quitte à faire sourciller les puristes du Molière version Lagarde et Michard (s’il en reste). Olivier Py intègre alors son univers queer (à prendre au second degré), faisant de Jean-Baptiste Poquelin un bisexuel, amant de l’acteur Baron, lui-même convoité par Armande Béjart (Stacey Martin) et plusieurs protagonistes dont le duc de Bellegarde (Gray Orsatelli).
- © 2024 Atelier de Production / Memento Distribution. Tous droits réservés.
Ces séquences privilégiant le nu masculin, d’un érotisme soft et kitsch, lorgnent vers l’esthétique d’un Peter Greenaway (le brio en moins), et font écho à diverses mises en scène de ces dernières années à la Comédie-Française (on songe à Ivo van Hove pour Les Damnés). Mais l’essentiel n’est pas là. Olivier Py dans sa narration évoque le statut précaire de l’artiste, le dilemme entre la rentabilité et l’audace créative, questions qui se posaient déjà à l’époque de Molière, et sont plus que jamais d’actualité. Sur le plan visuel, le réalisateur réussi le pari du plan-séquence, dans un exercice de style qui aurait pu paraître lassant sur le papier. Dans un entretien avec le CNC, Olivier Py déclare ainsi : « Je ne voulais absolument pas faire du théâtre filmé, et c’est justement pour ça que j’ai choisi cette grammaire du plan-séquence qui ne peut exister qu’au cinéma. J’avais cet élément de mise en scène en tête dès le début de l’écriture. J’ai tout de suite su que ce serait l’opportunité de faire vivre aux spectateurs une sorte d’inéluctabilité. Il n’y a pas de coupure, pas d’échappatoire, on se sent comme dans un toboggan et on se dirige vers une fin que l’on connaît déjà : la mort de Molière ». C’est souvent le propre des hommes de théâtre que de vouloir rompre avec un dispositif scénique au cinéma.
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Ainsi, Patrice Chéreau avait-il souhaité une immersion brute dans les codes du film noir dans La chair de l’orchidée, tout en étant (sublimement) trahi par une distanciation brechtienne. Et le nouveau wonder boy du théâtre privé, Alexis Michalik, s’était noyé dans l’académisme et le trop-plein en voulant à tout prix aérer l’action dans Edmond. Mais de nombreux cinéastes (issus ou non de la scène), ont affronté un matériau théâtral sans chercher à le fuir : on songe à des réalisateurs aussi divers que Guitry, Pagnol, Mankiewicz, Oliveira... Certes, Olivier Py est ici coauteur d’un scénario original mais son caractère théâtral est évident : il s’en sort avec honneur, et le meilleur du Molière imaginaire est justement dans ses séquences ironiques et bouffonnes, à l’instar des apartés des vieilles commères fardées campées par Dominique Frot, Catherine Lachens et Judith Magre : Olivier Py réussit par ailleurs dans ces caricatures ce que Maïwenn avait raté dans sa triste Jeanne du Barry. Le Molière d’Oliver Py est tout compte fait recommandable, bien que moins flamboyant que celui d’Ariane Mnouchkine.