Reporter sans frontières
Le 6 décembre 2005
A mi-chemin entre l’autobiographie et la fiction, un roman d’une extrême sensibilité sur le métier de reporter de guerre.


- Auteur : Jean Hatzfeld
- Editeur : Editions du Seuil
- Genre : Roman & fiction

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A mi-chemin entre l’autobiographie et la fiction, La ligne de flottaison est un roman d’une extrême sensibilité sur un métier passionnant et finalement assez peu connu.
Frédéric est grand reporter à Libération. Reporter de guerre plus précisément : ses missions le mènent en Afghanistan, au Timor, au Liban, au Soudan... Partout où il y a conflit. Cette fois, il revient de Tchétchénie : visiblement il est parti longtemps, mais difficile de savoir combien. De retour à Paris, il retrouve Emese, sa compagne hongroise et toute la vie tranquille qui va avec : un appartement bourgeois dans un quartier plutôt intello de Paris, un chat, le café matinal au troquet du coin, les discussions sur le foot avec les potes, les dîners chics... Un contraste saisissant avec ce qu’il voit et qu’il relate quotidiennement lorsqu’il se trouve aux quatre coins du globe. Or ce retour est différent des précédents. Pour la première fois, Frédéric est assailli de doutes : il hésite à poser définitivement ses valises, s’installer confortablement auprès d’Emese, faire un enfant peut-être, qui sait ? Dans la balance, il y a une passion, dévorante d’abord, mais destructrice. Peut-on supporter indéfiniment les atrocités, la barbarie humaine ?
Mais si Frédéric est un homme des mots, la parole n’est pas son fort... Il lui est difficile de trouver sa place, de se projeter et même d’y réfléchir à bien y regarder. Lui est un homme du présent : l’écriture journaliste est par nature dans le présent. Ce sont les propres mots de Jean Hatzfeld : "On écrit au présent, sur un événement présent pour des gens qui lisent au présent. La littérature romanesque est une écriture au passé pour des lecteurs du futur."
A l’évidence, La ligne de flottaison a des airs d’autobiographie puisque Hatzfeld lui-même est grand reporter de guerre pour Libé, notamment. Plus qu’un récit dramatique, il nous propose non pas une réflexion, mais plutôt des pistes pour appréhender cet étrange métier de correspondant de guerre. Bien sûr, il y a l’adrénaline face au danger, la volonté de témoigner, de donner un sens à une guerre. Mais ce ne sont là que quelques-unes des multiples questions que soulève ce roman un peu flou. Car au final, les motivations de ces hommes et ces femmes restent insaisissables mais fortes : il suffit de regarder le JT pour s’apercevoir qu’ils repartent presque toujours.
Jean Hatzfeld, La ligne de flottaison, Seuil, 2005, 288 pages, 19 €