Les ailes du désir
Le 4 mars 2024
Ce premier long métrage est un biopic sensible qui révèle une jeune réalisatrice prometteuse et confirme le talent dramatique de Soko.
- Réalisateur : Stéphanie Di Giusto
- Acteurs : Amanda Plummer, Gaspard Ulliel, Mélanie Thierry, François Damiens, Louis-Do de Lencquesaing, Denis Ménochet, Soko, Lily-Rose Depp
- Genre : Drame, Biopic
- Nationalité : Français
- Distributeur : Wild Bunch Distribution
- Durée : 1h52mn
- Date de sortie : 28 septembre 2016
- Festival : Festival de Cannes 2016
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Résumé : Loïe Fuller est née dans le grand ouest américain. Rien ne destine cette fille de ferme à devenir la gloire des cabarets parisiens de la Belle Époque et encore moins à danser à l’Opéra de Paris. Cachée sous des mètres de soie, les bras prolongés de longues baguettes en bois, Loïe réinvente son corps sur scène et émerveille chaque soir un peu plus. Même si les efforts physiques doivent lui briser le dos, même si la puissance des éclairages doit lui brûler les yeux, elle ne cessera de perfectionner sa danse. Mais sa rencontre avec Isadora Duncan, jeune prodige avide de gloire, va précipiter la chute de cette icône du début du XXe siècle.
Critique : Librement adapté d’un livre de Giovanni Lista, La danseuse est un biopic de bon niveau sur une personnalité du spectacle qui connut son heure de gloire, admirée par Mallarmé et les esthètes aussi bien que le public populaire, avant de sombrer dans un oubli total. Ce premier long métrage de Stéphanie Di Giusto évite avec bonheur l’académisme et le ton lacrymal de Chocolat, qui relatait un parcours similaire. Si la première partie américaine peine à insuffler un rythme à la narration, le film trouve un véritable souffle dès que Loïe s’installe à Paris pour tenter d’avoir une audition aux Folies Bergère. L’œuvre est dès lors la reconstitution (ou plutôt la recréation) élégante d’un univers artistique à la fois fascinant et glauque, mondain et miséreux, la caméra passant sans transitions de chambres de bonnes sordides aux couloirs compassés de l’Opéra de Paris, du château déserté d’un noble désargenté à l’ambiance animée des théâtres de la capitale, avec un sens des contrastes qui n’est pas sans évoquer Les enfants du paradis ou Amarcord.
- Copyright Wild Bunch Distribution
La danseuse est ensuite le portrait ambigu d’une artiste exigeante et tourmentée, à la sexualité trouble, et qui cherche un dépassement d’elle-même jusqu’à l’autodestruction tant sentimentale que professionnelle. Di Giusto et ses coscénaristes (dont Thomas Bidegain) ont ici imaginé la relation d’amitié amoureuse complexe entre Loïe Fuller et Louis (Gaspard Ulliel, aussi exalté que dans Saint Laurent). La jeune femme est d’abord courtisée par ce dandy qui devient un temps son mécène, jusqu’à ce que le bel amant/ami devienne à son tour un être assisté. Quant au personnage d’Isadora Duncan (Lily-Rose Depp), présentée ici comme une intrigante, il donne au film une dimension psychologique supplémentaire, qui n’est pas sans évoquer les figures féminines des jeunes actrices d’Eve de Mankiewicz ou Sils Maria d’Assayas. Ces références n’écrasent pas la réalisatrice qui les transcende dans un récit à la fois elliptique et explicatif, sobre et baroque, et qui culmine avec les sublimes séquences de danse.
- Copyright Wild Bunch Distribution
« Au début, j’ai travaillé comme pour un documentaire - en lisant énormément de livres sur elle et en rencontrant beaucoup de gens, dont Jody Sperling, la danseuse qui danse actuellement le mieux Loïe Fuller et dont l’aide a été déterminante. Et puis, je me suis emparée d’elle pour exprimer ce qui résonnait en moi chez elle. Je voulais être au plus près de mon héroïne ; filmer son corps, en essayant de rendre l’élan et l’énergie hors normes du mouvement qui l’animait, de sa foi ; tenter un récit différent qui passe par le geste davantage que par la parole. Cela a été un énorme travail d’épure qui m’a pris trois ans. Chaque geste est écrit ». Ces précisions de la réalisatrice révèlent l’ambition de sa démarche. Elle s’avère en outre remarquable dans la direction d’acteurs. François Damiens ou Mélanie Thierry sont des seconds rôles de choix. Complètement absorbée par le personnage de Loïe Fuller, et livrant une performance Actors Studio dans le meilleur sens du terme, Soko confirme, après Augustine et Voir du pays, qu’elle est l’une des actrices françaises les plus inspirées de sa génération.
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