Le 5 mars 2020
L’ami japonais de Marc Petitjean, paraît ce jour, le 5 mars 2020. Cette biographie fait écho à son documentaire Trésor Vivant sur Kunihiko Moriguchi (2012). L’ouvrage intimiste, consacré au plus connu des maîtres japonais du yuzen, fidèle à cet art ancestral mais également l’ayant révolutionné, est bien écrit et magnifiquement illustré.


- Auteur : Marc Petitjean
- Editeur : Arléa
- Genre : Biographie
- Nationalité : Française
- Date de sortie : 5 mars 2020

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Copyright Editions Arléa, 2020
Notre avis : Kunihiko Moriguchi, Kuni pour son cercle intime, né en 1941, a connu une enfance marquée par l’occupation américaine, mais éclairée par un attrait pour la France. Il étudie d’abord la peinture, dans sa ville natale, à l’Université municipale des Arts de Kyoto. Cette dernière a été fondée en 1880, soit bien avant l’Université des Arts de Tokyo. Rappelons que Kyoto a été la capitale du Japon jusqu’en 1867, au détriment de Tokyo qui a pris sa place, mais non tout son rayonnement intellectuel, au début de l’ère Meiji. Kyoto reste le berceau originel artistique de l’archipel nippon.
Kuni part pour la France, en août 1963. Il assimile rapidement les codes de la vie parisienne. Son intégration dans l’école est double : difficile de par l’élocution rapide de ses professeurs, mais aisée dans l’atelier où sa concentration fascine ses camarades. Il s’affirme comme un élève brillant de l’École nationale des arts décoratifs. Il noue des amitiés fortes, qu’il n’aura de cesse d’entretenir, notamment avec le peintre Balthus qui lui fait un cadeau incroyable : une invitation à la Villa Médicis à Rome, dont il est alors le directeur. Un portait des deux hommes, dans L’ami japonais de Marc Petitjean, souligne leur complicité réciproque. Balthus persuade Kuni de se consacrer à l’art du yuzen, technique tricentenaire réservée aux kimonos d’apparat, et de suivre ainsi les traces illustres de son père Kakô Moriguchi (érigé "Trésor national vivant" en 1967). Des photos, en noir et blanc, des kimonos de Kuni, figurent en bonne place dans L’ami japonais, biographie très agréable à lire et subtilement illustrée, de Marc Petitjean. Le Japon se distingue de l’Occident, car c’est un pays où "la mémoire est incarnée plus par les hommes que par les monuments."
Après son retour à Kyoto en 1966, Kuni entre dans l’atelier de son père pour être formé au yuzen. Il va cependant renouveler cet art, comme le souligne Marc Petitjean, au tout début de L’ami japonais, après sa première rencontre avec Kunihiko Moriguchi : "De retour à mon hôtel, j’ai feuilleté le catalogue de kimonos qu’il avait peints. Je m’attendais à des motifs traditionnels, branches de cerisiers, vagues, pagodes. Au lieu de cela, je découvrais des motifs géométriques avec des dégradés de couleurs qui sublimaient la notion même de kimono." Marc Petitjean opte pour un film, durant son séjour de trois mois auprès de Kuni, qui n’est pas exclusivement réservé au yuzen cependant : "Je filmais tout", écrit-il, dans L’ami japonais, en évoquant ce qu’il appelle les "micro-moments savoureux." Kuni, s’il se marie avec une japonaise, Keiko, en 1975, ne quitte cependant pas immédiatement le domicile paternel. "Il s’était engagé dans ce nouveau métier comme on entre en religion", écrit Marc Petitjean. Le rapport père-fils est aussi un rapport maître-apprenti. Mais Kuni a tout de même un génie perceptible. Ses kimonos rencontrent un succès à l’échelle planétaire, et figurent rapidement, en excellente place, dans les musées japonais mais également étrangers, tels que le Victoria and Albert Museum à Londres ou le Metropolitan Museum of Art à New York. Ils sont également acquis par des personnalités nippones, qui les portent, signe d’un raffinement traditionnel tout autant que novateur. Kuni devient, comme son paternel, un "Trésor national vivant" ou "Conservateur d’un bien culturel immatériel important."
Editions Arléa - Collection : La rencontre
Parution le 5 mars 2020
174 pages - 17 euros