Le 14 août 2018
Nouveau long métrage de science-fiction d’Andrew Niccol, Anon, sorti le 4 mai 2018 sur Netflix, lorgne également du côté du thriller et laisse un goût d’inachevé, malgré une mise en scène et une esthétique efficaces.


- Réalisateur : Andrew Niccol
- Acteurs : Clive Owen, Colm Feore, Amanda Seyfried
- Genre : Science-fiction, Thriller
- Nationalité : Américain
- Distributeur : Netflix
- Date télé : 4 mai 2018 00:00
- Chaîne : Netflix
- Titre original : Anon

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– Diffusion sur Netflix à partir du 4 Mai 2018
Résumé : Dans un avenir où l’intimité est abolie, un enquêteur se penche sur le profil d’un tueur en série qui a été effacé de tous les enregistrements visuels.
Notre avis : Dans un futur plus ou moins proche, les nouvelles technologies ont pris le pas sur la sphère individuelle. La société est régie par l’Ether, une grande base de données où sont stockées et utilisées toutes nos informations. La notion de réalité devient fragile et la mémoire elle-même n’est plus qu’un fichier que l’on peut extraire et manipuler à sa guise. C’est ce dont l’inspecteur Sal Frieland, interprété par Clive Owen, va faire l’expérience, en se retrouvant confronté à une série de meurtres dont l’assassin a réussi à échapper à tout fichage.
La science-fiction a ceci de passionnant qu’elle permet de porter un regard critique sur les enjeux contemporains, d’en anticiper les répercussions futures. De la société eugéniste à la recherche d’éternité, Andrew Niccol a toujours su faire preuve de maîtrise formelle dans le traitement de ses concepts ; un peu moins lorsqu’il s’agit du fond. Si Bienvenue à Gattaca et The Truman Show (dont il a été scénariste) sont maîtrisés sur tous les aspects, ses dernières productions, à l’image de Time Out, ne réussissent pas entièrement à développer leurs messages, la faute aux incohérences de scénatio. C’est encore un peu le cas avec l’inconsistant Anon.
Dès les premières minutes du film, le réalisateur d’origine néo-Zélandaise pose les bases de sa mise en scène. Les échelles de plan se succèdent, permettant de jouer sur les points de vue : une réalité objective, vécue par nous, spectateurs, et la réalité augmentée de l’Ether, vécue par les protagonistes. La photographie, froide et épurée, participe également à nous faire rentrer un peu plus dans cet univers déshumanisé.
Si tous ces efforts de mise en scène rendent le script original, l’écriture même du film laisse une impression d’inachevé, entraînant une inéluctable perte d’intérêt lorsque la dystopie semble délaisser sa thématique principale pour se diriger vers un thriller noir de facture classique. Amanda Seyfried y incarne le stéréotype de la femme fatale, qui lui sied parfaitement, mais sa prestation n’ôte jamais un sentiment de déjà-vu, et Clive Owen en flic désabusé reste dans son registre habituel ; on pense au potentiel qu’aurait pu avoir une écriture plus fouillée à la vision de la scène la plus marquante du film, durant laquelle l’acteur britannique se fait manipuler et hacker ses données (principalement se mémoire).
Le sentiment d’inachevé se confirme lors de la scène finale. Après une révélation superficielle, Andrew Niccol clôture son film par un dialogue entre les deux principaux protagonistes, censé appuyer son propos. Une sorte de morale convenue qui arrive trop vite pour en tirer toute la profondeur.
Si Anon n’est pas désagréable à regarder, et c’est la moindre des choses pour un produit réservé au petit écran (la Netflix touch) et que la mise en image, couplée à une bonne idée de base, est évidente, cet avatar de S.F. manque trop de substance pour réellement impliquer le spectateur dans son récit et une fois de plus l’espoir d’un nouveau Gattaca est déçu...