Les hommes du président
Le 22 décembre 2006
Une vision décalée de l’Histoire, mais pas forcément heureuse.


- Réalisateur : Im Sang-soo
- Acteurs : Han Sukgyu, Baik Yoonshik
- Genre : Drame
- Nationalité : Sud-coréen
- Festival : Festival de Cannes 2005

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– Durée : 1h42mn
– Titre original : Gu tte gu sa ram dul
Une vision décalée de l’Histoire, mais pas forcément heureuse.
L’argument : Séoul, dans la nuit du 26 au 27 octobre 1979. Le chef de l’Etat coréen réunit son secrétaire, son chef de la sécurité et le directeur de la KCIA (la CIA coréenne) dans une partie fine en compagnie de deux jeunes femmes. Un attentat est décidé contre le Président, qui sera éliminé au cours de la soirée.
Notre avis : The President’s last bang n’est pas un film ordinaire : traitant d’une page tout à fait réelle, tragique et somme toute assez récente de l’histoire coréenne - officielle et solennelle, celle de ses dirigeants d’il y a trente ans - le film fait le choix du détournement systématique et d’un humour - tantôt noir, tantôt plus grassouillet - qui n’est pas habituel pour évoquer de tels événements. Imaginez l’assassinat de Kennedy à Dallas vu par le petit bout de la lorgnette, pour ne pas dire de la braguette - pas celle d’Oswald, mais de la troupe forcément corrompue et vulgaire qui entourait le président. Imaginez l’attentat manqué du Petit-Clamart vu sous l’angle de la dérision - on entend d’ici les cris des gaulliens éternels et des umpistes qui s’en réclament (du Général). Or c’est bien ce qui a lieu dans cette évocation d’une "nuit des longs couteaux" coréenne, où le ridicule des "hommes du président" le dispute au refus tenace de la moindre solennité.
On comprend aisément qu’une telle ironie ait provoqué scandales et procès en Corée, d’autant que les faits relatés sont encore frais. Néanmoins Im Sang-soo n’est ni Peter Sellers ni Jean-Pierre Mocky : s’il fait le choix d’une vision très décalée de l’Histoire, débarrassée de toute emphase (c’est le moins que l’on puisse dire), il ne nous livre pas un nouveau Docteur Folamour. Si les personnages importants et officiels qui sont les acteurs de cette scène shakespearienne sont tous plus ou moins plombés par leur médiocrité - mauvais, revanchards, jaloux, faibles - le cinéaste peine néanmoins à leur donner une véritable épaisseur dramatique. A force de refuser le tragique, il nous livre un film d’espionnage assez curieux et momentanément divertissant, mais dont l’humour volontairement appuyé est plus ou moins heureux. L’intention est louable, qui prétend démystifier l’Histoire et lui retirer toute l’illusoire noblesse de la fiction. Mais à force de dérision on s’ennuie, malgré quelques points de vue intéressants. Et sans doute le thème méritait-il mieux que cette pochade stylisée mais sans grand intérêt.