Le grand silence
Le 5 octobre 2010
Les séquelles psychiques de la guerre d’Irak au coeur d’un premier long sensible.


- Réalisateur : Ryan Piers Williams
- Acteurs : America Ferrera, Wilmer Valderrama, Melissa Leo, Ryan O’Nan, Jason Ritter
- Genre : Drame
- Nationalité : Américain
- Plus d'informations : Le site officiel
- Festival : Festival de Deauville 2010

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– Durée : 1h32mn
Les séquelles psychiques de la guerre d’Irak au coeur d’un premier long sensible.
L’argument : James, un jeune soldat américain, revient d’Irak et doit réapprendre à vivre dans sa petite ville du Texas. Sa femme, sa mère et son meilleur ami le soutiennent mais ne parviennent pas à comprendre la douleur qui le ronge depuis son retour au pays. Solitaire, James reprend contact avec un compagnon d’armes qui va lui témoigner sa compassion et l’aider à surmonter ce qu’il a enduré en Irak.
Notre avis : A la descente de l’avion, le visage de James s’illumine : sa femme l’attend après plusieurs mois de séparation à cause de son départ pour l’Irak. Son meilleur ami est également présent. Ce retour pourrait donc être heureux s’il ne vivait pas avec les souvenirs du passé dans la violence de la guerre. Son corps semble être le seul à être revenu de cette mission à l’étranger ; son esprit est ailleurs. Bien vite, son comportement trahit des troubles psychiques : sautes d’humeurs, hallucinations, crises de violence. Personne ne le reconnaît ; il est devenu un autre homme.
Tel un fantôme, James erre, au sens propre comme au figuré, inconscient de son proche passé. Il n’y a pas de flashbacks ; les images des horreurs vécues par le personnage principal seraient de toute façon en deçà de la réalité et ne pourraient aucunement retranscrire sa douleur. Même lorsqu’il apprend l’exacte vérité de ce qu’il a traversé, il n’y a pas de retour en arrière : il reste dans le flou. Cette approche traumatique de la guerre n’est pas sans rappeler la démarche de Samuel Maoz, le réalisateur de Lebanon. Le film israélien proposait une unité de lieu : l’intérieur d’un char, marquant physiquement l’étouffement et le malaise des soldats coincés à l’intérieur. Dans The dry land, James s’avère prisonnier de sa mémoire défaillante, partielle, nécessairement pénible, avec un sentiment d’oppression similaire.
Ryan Piers Williams, en évitant toute monstration de la guerre, propose un regard d’autant plus douloureux sur les séquelles du drame qu’au-delà de l’autodestruction de l’ancien soldat, il relate l’anéantissement progressif de son entourage. L’acteur principal, Ryan O’ Nan, exprime impeccablement le tempérament agressif de son personnage, en permanence entre la colère retenue et les accès de rage. Sa partenaire à l’écran, America Ferrara, apporte, par sa douceur et sa patience, l’équilibre que cet homme blessé requiert ; l’actrice offre à son personnage une véritable humanité qui n’exclut pas les phases de faiblesse.
Au final The dry land se présente comme un premier long-métrage réussi de bout en bout, portant à bras le corps un sujet encore sensible à l’heure actuelle aux Etats-Unis, sans pour autant se poser en redresseur de torts ou en moralisateur. Là, on dit bravo.