Octobre rouge
Le 18 décembre 2006
Les éditions Hazan mettent en lumière Rodtchenko et le groupe Octobre, pionniers du regard de la modernité dans la photographie.

- Auteur : Alexandre Lavrentiev
- Editeur : Hazan
- Genre : Beaux Livres, Art & Culture

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Les éditions Hazan mettent en lumière Rodtchenko et le groupe Octobre, pionniers du regard de la modernité dans la photographie.
"Nous devons révolutionner notre pensée visuelle", déclarait Rodtchenko en 1928. Dans les années vingt, la vielle photo n’est plus, en particulier pour le jeune monde soviétique. L’art abstrait du début du siècle avec l’émergence de nouveaux courants picturaux comme le fauvisme ou le dadaïsme, avait préparé l’avant-garde photographique. Mais en ce qui concerne la Russie, le contexte politique est bien évidemment tout aussi important et c’est la fusion de ces deux paramètres - artistique et politique - qui va donner sa spécificité au regard de Rodtchenko. Philippe Sers le rappelle dans son introduction à l’ouvrage : "La grande force de l’avant-garde réside dans la rencontre qu’elle réalise entre l’art et la vie." De fait, les images montrent le quotidien du peuple, leurs usines, les outils de travail et les réalisations aussi bien technologiques (un immeuble, un pont...) que sociétales (femme marin, installations de la radio en campagne...).
Les premières photos de Rodtchenko étaient ce qu’Aleksandr Lavrentiev nomme des "images-construction". Elles étaient la matière première aux célèbres photomontages[[Lire notre article Une arme visuelle : le photomontage soviétique, 1917-1953] du photographe. C’est dans les années 1925-1928 que Rodtchenko va développer son œil et considérer l’image comme à la fois un support esthétique et d’information avec le souhait de "révéler le mode de vie de l’humanité contemporaine". Pans coupés, prise de vue vertigineuse ou en plongée, jeu sur les diagonales et les gros plans (série sur la mère de Rodtchenko), propriétés géométriques des formes, perspectives, la photo d’avant-garde trouve sa voie dans une certaine liberté d’action.
En 1928 est créé le groupe Octobre et en 1930 Rodtchenko donne naissance à le section photo avec Umbo, Boris Ignatovitch et le talentueux Elezear Langman. Mais un an plus tard, le groupe est attaqué. Au nom du réalisme social, le pouvoir soviétique muselle de plus en plus les espaces de liberté et accuse de "formalisme bourgeois" les créations du groupe. Rodtchenko attaché à sa liberté individuelle se défend dans des tribunes mais la pression est telle que le groupe Octobre décide son exclusion dans la plus pure tradition des procès staliniens. Le groupe lui-même n’y survivra pas. Philippe Sers écrit : "Il y a chez Rodtchenko une compréhension intense du monde et de l’autre, qui est le vrai discours de l’amour." Mais dans le monde de Staline, il n’y avait pas de place pour ce discours.
Rodtchenko et le groupe Octobre Alexandre Lavrentiev, préface de Philippe Sers, Hazan, 2006, 349 pages, 45 €