Le 6 avril 2024
Œuvre majeure dans la filmographie d’Altman, Nashville nous invite à méditer sur les rapports étroits entre le show-business et la politique.


- Réalisateur : Robert Altman
- Acteurs : Jeff Goldblum, Lily Tomlin, Geraldine Chaplin, Karen Black, Barbara Harris, Michael Murphy, Ned Beatty, Shelley Duvall, Keith Carradine, Gwen Welles, David Arkin, Henry Gibson, Barbara Baxley, Ronee Blakley, Allen Garfield
- Genre : Comédie dramatique, Film choral
- Nationalité : Américain
- Distributeur : Les Acacias
- Durée : 2h39mn
- Date télé : 20 février 2025 22:40
- Chaîne : TCM Cinéma
- Reprise: 6 juillet 2011
- Date de sortie : 12 novembre 1975

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Résumé : À travers les itinéraires croisés de vingt-quatre personnes qui se retrouvent dans la capitale de la country music, une vaste fresque sur les mœurs américaines et le monde du show business.
Critique : On connaît le goût d’Altman pour les formes narratives chorales et l’éclatement singulier du récit qui œuvre dans ses films. Dans Nashville, le procédé accuse l’incompréhension entre les différents personnages et permet de dresser un état des lieux critique du show-business et de son intrication avec le monde politique. La mise en scène frontale du cinéaste nous immerge dans les petites compromissions de la country music (dont Nashville est la capitale), sous la forme de numéros qui offrent un contrepoint ironique aux intrigues, celles-ci étant ponctuées par les interventions d’un candidat invisible et marginal aux élections primaires, si bien que l’industrie du spectacle est observée à travers le prisme déformant d’une campagne présidentielle.
Du même coup, Nashville se présente comme la satire d’un monde où les ambitieux écrasent sans vergogne les plus faibles. Haven Hamilton, star locale à l’idéologie conservatrice, Sueleen Gay, jeune starlette sans talent qui rêve de crever les planches, Barbara Jean, vedette sur le déclin et que supplante sur la scène du Grand Opry sa rivale... chaque personnage est prétexte à un portrait acerbe, mais qu’Altman dépeint sans la complaisance et le cynisme qui auraient pu faire de son film une satire dépourvue d’humanité. Car ici quelques espoirs de compréhension surgissent, certes de manière fragile et ironique (les seules scènes qui donnent lieu à un échange réel sont celles où Linnea Resse communique avec ses enfants sourds), mais portés par des personnages attachants derrière leurs faiblesses (mention spéciale à Lily Tomlin, que l’on retrouve souvent chez Altman, et qui s’avère très émouvante dans ce rôle de mère sentimentale et désœuvrée).
L’ensemble est toutefois porté par un humour féroce, le point d’orgue du ridicule œuvrant peut-être dans la séquence où Opal, personnage britannique pétri de clichés sur les États-Unis, parcourt une décharge en inventant des récits invraisemblables pour conforter ses propres préjugés. L’année 2011 fournit une occasion parfaite pour revoir ce film dans une bonne copie et apprécier à sa juste valeur son discours singulier sur la création et la politique. Alors que le débat sur les prochaines présidentielles atteint déjà son paroxysme (sur fond de coups de théâtre prématurés et de revirements médiatiques), on ne saurait passer à côté de ce petit chef-d’œuvre d’humour et de lucidité, qui porte sur notre monde un regard sévère, corrosif, mais empreint d’une liberté de ton devenue rare à l’écran.