Le 14 septembre 2021
Cet hommage aux victimes du racisme est un chœur fourmillant de voix divergentes, qui toutes forment pourtant un ensemble harmonieux et vibrant - ce qui lui vaut de faire partie de la première sélection du Goncourt.


- Auteur : Louis-Philippe Dalembert
- Editeur : Sabine Wespieser
- Genre : Roman
- Nationalité : Haïtienne
- Date de sortie : 26 août 2021
- Plus d'informations : Le site de l’éditeur

L'a lu
Veut le lire
Résumé : Le meurtre de George Floyd en mai 2020 a inspiré à Louis-Philippe Dalembert l’écriture de ce roman. Mais c’est la vie de son héros, une figure imaginaire prénommée Emmett – comme Emmett Till, un adolescent assassiné par des racistes du Sud en 1955 –, qu’il va mettre en scène, la vie d’un gamin des ghettos noirs que son talent pour le football américain promettait à un riche avenir.
- Crédits : Sabine Wespieser
Critique : Après Emmett Till et George Floyd, Emmett, somme des deux, silhouette hybride porteuse de toutes les injustices. Avec ce héros, Louis-Philippe Dalembert rend hommage à ces deux hommes noirs, et à tous les autres, devenus des symboles des inégalités raciales aux États-Unis, de la douleur portée comme un fardeau par ceux qui ont eu le malheur de naître avec une peau noire, différente de celle des tout-puissants chauvins à la cagoule blanche et à la croix de feu.
Le chœur de Milwaukee Blues enfle peu à peu, prend de l’ampleur et se colore d’émotions, alors que les pages se tournent. Forment ce roman choral les voix de tous ceux qui ont connu Emmett, si brièvement soit-il, de son institutrice de primaire à son coach sportif, de la révérende de Franklin Heights à son âme sœur. En imaginant de tels personnages, Louis-Philippe Dalembert recrée également une ville, ce Milwaukee du Wisconsin, raciste et inaltérable depuis des siècles, semble-t-il, où il a lui-même enseigné. Il colore chaque timbre d’une teinte différente, chamarre son roman en conférant à la fois une singularité et une unicité à ses héros qui se relaient pour raconter Emmett. Si le premier tiers du récit peine à lui donner corps et s’attache davantage à dépeindre un quartier, celui de son enfance, la deuxième partie lui offre une essence de chair, rend vivant ce double d’encre de tous ceux qui sont morts à cause de leur épiderme trop sombre. Enfin, tout s’achève avec les préparatifs de la marche qui rendra hommage à celui qui n’est plus, réunissant ceux qui ont rythmé le roman, certains se rencontrant en ces tristes circonstances. La première personne du singulier a disparu, remplacé par une plus grande hauteur, par un cri du cœur fédérateur, par une prise de conscience collective : cela ne doit plus se produire, parce que « nous sommes un en Christ » clame la pasteure qui a pris la direction des opérations.
Milwaukee Blues est davantage un plaidoyer, une élégie appelant à la tolérance, qu’un simple roman. George Floyd et toutes les autres victimes permettent à l’auteur français de se hisser plus haut encore pour signer un livre à portée universelle.
Milwaukee Blues - Louis-Philippe Dalembert
Sabine Wespieser
288 pages
21 euros