La bataille du rail
Le 31 mars 2004
Périple ferroviaire et cheminement intérieur de trois papys généreux et drôles.


- Réalisateur : Diego Arsuaga
- Acteurs : Hector Alterio, José "Pépé" Soriano
- Genre : Comédie dramatique, Road movie
- Nationalité : Uruguayen
- Editeur vidéo : Vision Vidéo

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– Durée : 1h33mn
Périple ferroviaire et cheminement intérieur de trois papys généreux et drôles.
L’argument : Dernier vestige de chemin de fer uruguayen, la loco 33, qui date du XIXe siècle, doit prochainement être vendue à un puissant studio de cinéma hollywoodien. Trois vétérans du rail membres de l’association Les Amis du rail, désireux d’empêcher cette vente, décident alors de dérober la fameuse locomotive. Poursuivis par les forces de l’ordre et le jeune homme d’affaires à l’origine de la vente, les "papys voleurs", accompagnés d’un enfant, sillonneront le pays pour faire connaître leur cause, espérant ainsi faire échouer la transaction.
Notre avis : "Le patrimoine n’est pas à vendre." Ce slogan flottant au vent à l’arrière de la locomotive 33, résume parfaitement le thème principal du premier long métrage de Diego Arsuaga. Ce road-movie sur voie ferrée est en effet l’occasion pour le cinéaste uruguayen de mettre en lumière la lutte du peuple sud-américain, désireux d’éviter la fuite de ses biens nationaux au profit du capitalisme rampant du grand frère américain.
Loco 33 n’est cependant pas un film engagé de plus, soutenant les thèses altermondialistes actuelles et prônant la lutte à tout va contre la domination du "monstre" américain. Diego Arsuaga dresse avant tout un magnifique portrait, souvent drôle, toujours touchant, de trois gentils vieillards hauts en couleur, qui se sont lancés dans un dernier combat. Ce voyage à travers leur pays est plus qu’une lutte contre le tout-puissant Hollywood. Pour ces trois hommes, il s’agit d’un dernier baroud d’honneur avant la fin de leur voyage terrestre. Ce périple à travers leur pays est l’occasion d’un émouvant cheminement intérieur, à la rencontre des souvenirs de leur jeunesse passée. La présence du jeune Guito renforce encore plus ce constat de la fin d’un voyage, tout en symbolisant la transmission du flambeau à la jeune génération. Les rôles des trois "papys" bénéficient d’ailleurs de l’interprétation magique de trois icônes du cinéma argentin : Hector Alterio, qui compte plus de 130 films (dont Vies brûlées), José "Pépé" Soriano et Federico Luppi (L’échine du diable, Men with guns).
Alors certes, le message de lutte contre l’impérialisme états-unien peut sembler manquer cruellement d’originalité, voire être un brin démagogique. Mais sa portée est loin d’être vaine au regard des tumultueuses relations qu’ont toujours entretenues les USA avec les pays d’Amérique latine. Surtout, l’œuvre de Diego Arsuaga contient ce qu’il faut d’humanité, de générosité et de drôlerie pour toucher juste. Droit au cœur et à l’âme.
Coup d’œil : Loco 33 a été primé dans plusieurs festivals. Il a notamment reçu le prix du meilleur scénario au Festival des films du monde de Montréal (2002). Lors du Festival de Valladolid, en Espagne, les trois acteurs ont été couronnés ex æquo du prix du meilleur acteur tandis que le film recevait le prix du jury œcuménique, le prix du public, le prix du meilleur premier film.