Jeux interdits
Le 27 avril 2014
Réalisée en toute indépendance loin de l’usine à rêves hollywoodienne, cette histoire simple influença la Nouvelle Vague par son ton libre et son économie de moyens.


- Réalisateurs : Morris Engel - Ruth Orkin - Ray Ashley
- Acteurs : Richie Andrusco, Richard Brewster, Winifred Cushing
- Genre : Comédie dramatique, Noir et blanc
- Editeur vidéo : Carlotta Films
- Durée : 1h20mn
- Titre original : Little Fugitive
- Date de sortie : 16 décembre 1953
- Festival : Festival de Venise 1953

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– Festival de Venise 1953 : Lion d’argent
– National Board of Review, USA 1953 : Top Ten Films
– Reprise : 11 février 2009
L’argument : À Brooklyn dans les années 50, la mère de Lennie lui confie la garde de son petit frère Joey, âgé de 7 ans, car elle doit se rendre au chevet de la grand-mère, malade. Mais Lennie avait prévu de passer le week-end avec ses amis. Irrité de devoir emmener son petit frère partout avec lui, il décide de lui jouer un tour en simulant un accident de carabine sur un terrain vague. Persuadé d’avoir causé la mort de son frère, Joey s’enfuit à Coney Island, immense plage new-yorkaise dédiée aux manèges et à l’amusement. Il va passer une journée et une nuit d’errance au milieu de la foule et des attractions foraines...
- Copyright Carlotta Films
Notre avis : Comment ce petit bijou a-t-il pu être oublié des annales de l’histoire du cinéma ? Sa ressortie en salles permettra de découvrir l’un des plus beaux films indépendants américains des années 50, qui, à l’instar des œuvres d’Ida Lupino ou du Sel de la terre de Herbert J. Biberban (1954), a constitué une alternative à l’usine à rêves hollywoodienne, tout en anticipant les innovations d’un John Cassavetes ou d’un Paul Morrissey.
Ses auteurs, issus de la photographie et du journalisme, ont obtenu une caméra 35mm permettant de tourner dans des conditions proches de la « caméra cachée ». Le minimalisme du scénario n’occulte pas l’efficacité de la narration, le charme de ses digressions (la partie de poney, la recherche d’une fontaine sur la plage) et la réussite esthétique, tout en donnant une image nuancée de l’enfance. Un an plus tôt, le cinéaste français René Clément triomphait avec Jeux interdits, qui a bien mal vieilli, et qui cantonnait cet âge dans un paradis de la pureté et de l’innocence bafouée. Ici, la vision anticipe les univers d’un Comencini et du Truffaut des 400 coups ou de L’Argent de poche, sans atteindre toutefois la noirceur de Sa majesté des mouches : le drame du garçonnet est certes relatif mais la semi-cruauté de son frère et de ses potes était novatrice pour l’époque. Par ailleurs le comportement du petit Joy, imitant les personnages vus à la télévision (non retour dans la famille ou sur le lieu du crime, jeu de cache-cache avec la police), est dépeint avec beaucoup d’humour et de tendresse, le tout sur un ton semi-documentaire. La Nouvelle Vague ne s’y est pas trompée, et les « Cahiers du cinéma » mirent le film en couverture, dans le même numéro où François Truffaut fustigeait « une certaine tendance du cinéma français ». Cela ne fut pas fortuit et contribue rétrospectivement à faire de ce récit modeste une pierre annonciatrice du cinéma moderne.