Le côté occulte de la Force
Le 23 novembre 2008
Un film fantastique confus et raté, révélateur de l’ambition des Britanniques dans le genre, mais aussi de leurs limites.


- Réalisateur : Julian Doyle
- Acteurs : Simon Callow, Kal Weber , Lucy Cudden
- Genre : Fantastique, Thriller
- Nationalité : Britannique
- Distributeur : Universal - StudioCanal
- Editeur vidéo : Universal Pictures Video
- Plus d'informations : Le site du film

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– Durée : 1h46mn
– Titre original : Chemical wedding
Un film fantastique confus et raté, révélateur de l’ambition des Britanniques dans le genre, mais aussi de leurs limites.
L’argument : L’université de Cambridge est en proie à d’inquiétantes manifestations. Après une expérience scientifique qui tourne mal, le timide professeur Haddo (Simon Callow) se réveille possédé par l’âme et la "conscience" d’Aleister Crowley, une des figures les plus connues de l’occultisme et des rituels sataniques d’Angleterre, mort en 1947. Haddo se transformant peu à peu en être vile, Lia (Lucy Cudden) une de ses étudiantes et le scientifique Josh Mathers (Kal Weber) vont se lancer dans une enquête qui tentera de stopper les agissements de cette réincarnation de Crowley.
Notre avis : Aleister Crowley était l’un des auteurs anglais les plus controversés, considéré encore aujourd’hui comme l’un des maîtres de l’occultisme et de l’ésotérisme contemporain. La presse britannique le décrivait même en son temps comme « la personne la plus odieuse d’Angleterre ». Il est désormais l’objet d’une série B qui mélange les talents de personnalités fortes d’horizons divers.
L’aventure du Diable dans le sang commence en 1998 avec l’album solo The Chemical Wedding de Bruce Dickinson, membre du célèbre groupe de hard rock Iron Maiden. Celui-ci, devenu scénariste, reprit (pour la V.O.), le titre de cet L.P. tout en empruntant une direction différente : alors que le disque s’inspirait du poète William Blake, le film, lui, met en scène le personnage de Crowley. A ses commandes, on retrouve le monteur des délirants La vie de Brian et Le sens de la vie et de quelques longs de Terry Gilliam, Julian Doyle. Malheureusement, le résultat est un film à faible budget, qualitativement décevant, qui ne sort donc en France qu’en DVD.
Découpée en quatre jours, tel un compte à rebours vers l’apocalypse, l’histoire tourne autour de la réincarnation du timide professeur en cet être de malveillance et de débauche que fut Crowley. L’approche du réalisateur reste pourtant quelque peu déstabilisante, hésitant constamment entre le premier degré d’un fantastique sérieux et le second degré ouvert à l’expression subversive et trash. La réalisation démontre bien dans ses cadrages une volonté de se démarquer du classicisme de rigueur pour lorgner vers l’underground amoral, mais les efforts apparaissent de manière trop sporadiques pour exploiter à fond les pistes jetées, pourtant louables dans leurs intentions.
Plus gênant encore, les dialogues alourdissent ce qui aurait pu être à la base une excitante série B, opposant une multiplication de digressions scientifiques sans fin à des discussions triviales, au risque de perdre le spectateur dans une véritable nébuleuse d’informations sans intérêt et de le détourner du personnage central de Crowley dont l’envergure est systématiquement sous-exploitée. Ajoutons à ces désagréments un twist final totalement décalé et peu convaincant, Le diable dans le sang, de par son rythme en dents de scie, finit par achever le plus enthousiaste des spectateurs bisseux venu dénicher la dernière pépite du cinéma de genre anglais.