Le 4 septembre 2022
Trop aligné sur son casting international, Gérard Oury cherche plus à épater la galerie qu’à fignoler ses gags.


- Réalisateur : Gérard Oury
- Acteurs : Eli Wallach, Yves Barsacq, Jean-Paul Belmondo, Robert Dalban, Bourvil, Mario David, David Niven, Pierre Tornade, Dominique Zardi, Henri Attal, Patrick Préjean, Max Montavon, Jacques Balutin, Paul Mercey, Silvia Monti, Raymond Gérôme, Micha Bayard, Jacques Ciron, Sophie Grimaldi
- Genre : Comédie, Comédie policière
- Nationalité : Français, Italien
- Distributeur : Gaumont Distribution
- Durée : 1h55mn
- Date télé : 9 mars 2025 21:10
- Chaîne : 6ter
- Reprise: 9 avril 2009
- Date de sortie : 7 mars 1969

L'ont vu
Veut le voir
Résumé : De Paris à Bruxelles, un train spécial va transporter les fonds secrets des nations de l’OTAN. Des deux côtés de la Manche, deux individus cherchent à s’en emparer. Côté français, Arthur, petit truand débrouillard, assisté de son copain Anatole. Côté britannique, Le Cerveau, brillant escroc disposant d’une équipe de spécialistes et de moyens considérables. Mais les deux équipes programment leur hold-up le même jour, à la même heure...
Critique : Il est vrai que sur le papier, le casting quatre étoiles a de l’allure. David Niven, Eli Wallach, Bourvil et Belmondo, ensemble dans une même comédie, qui s’inspire du célèbre braquage du train postal Glasgow-Londres, il y avait de quoi saliver. Mais le résultat sur l’écran est tout de même décevant, parce que l’humour de Gérard Oury semble avalé par sa volonté de proposer une superproduction, avec des scènes spectaculaires : comme ce n’est pas l’ADN du réalisateur, la reconstitution de l’attaque ne distille qu’un profond ennui et le long métrage s’embarrasse de gimmicks inutiles, tels la simulation animée de l’attaque du train ou le feu d’artifice interminable qui conclut l’affrontement entre le colonel Carol Matthews et Frankie Scannapieco.
Cédant à son désir d’épater, Oury en oublie ses fondamentaux et si leur association plutôt insolite s’avère sympathique, Bourvil et Belmondo ne s’emboîtent pas, parce qu’il leur manque de réelles interactions qui font les véritables duos comiques. Chacun dans son registre -Bourvil le naïf, Belmondo l’énergique- tourne un long métrage parallèle, une potentielle comédie sans surprise pour le premier, un film d’action pour le second. En fait, on aurait du mal à isoler une scène drôle, véritablement inoubliable, comme Oury avait pu en proposer dans La grande vadrouille et Le corniaud. Et ce n’est pas la fin qui nous réconcilie avec ce divertissement globalement ennuyeux : les billets qui s’échappent de la statue de la Liberté (une réplique) ont beau provoquer la joie immense d’Arthur Lespinasse, ils nous laissent de marbre, comme si nous avions la sensation d’avoir été volés. L’inutile chanson du film, The Brain, interprétée par le groupe The American Breed, sonne elle-même comme une arnaque, la contrefaçon d’un morceau des Beatles.
Ce faux pas du réalisateur annonce, avec plus d’une décennie d’avance, la catastrophe industrielle que constituera La vengeance du serpent à plumes. Même péché d’orgueil, même indigence comique.