Le 31 mai 2012

Souvenez-vous. C’était en janvier : la grand messe d’Angoulême, tous les médias réunis pour parler un peu BD parce qu’après tout ils n’en parlent pas le reste de l’année.
Souvenez-vous. C’était en janvier : la grand messe d’Angoulême, tous les médias réunis pour parler un peu BD parce qu’après tout ils n’en parlent pas le reste de l’année.
Le leitmotiv était le même partout : la BD résiste à la crise et tout va bien dans le meilleur des mondes de bulles. Comme j’en avais parlé sur GeekInc à l’époque, le tableau était un peu grossier et assez loin de la réalité.
Xavier Guilbert a réalisé pour l’excellent Du9, la numérologie 2011 essayant de mettre un peu de concret dans tout ce qu’on nous raconte sur le marché de la BD. Beaucoup de chiffres évidemment mais je pense que nous pouvons faire sortir plusieurs tendances que nous connaissons bien dans le monde de la BD.
Un recul du nombre de lecteurs adultes
Si en effet, on peut se réjouir que 29% des français lisent encore de la BD, on se rend compte que ce chiffre est surtout composé de jeunes lecteurs (qui explique le succès de la BD jeunesse, et son rôle moteur dans le marché). Ainsi 40% des français continuent de voir la BD comme un divertissement surtout destiné aux enfants et aux jeunes. Perte d’intérêt, manque de temps... les raisons sont multiples mais montrent bien que la BD a encore cette image qui lui colle à la peau en France.
Au final on peut se demander si tant de sorties BD pour juste 9% de lecteurs réguliers c’est vraiment une bonne idée. Cette étude porte sur le marché de la bande dessinée, mais quand on la met en parallèle avec le nombre d’auteurs qui essaient de vivre de leur art et qui n’arrivent pas à joindre les deux bouts, il y a peut être une question de stratégie à revoir chez les éditeurs.
Prix et baisse des ventes.
Une raison de la désaffection des lecteurs ? Peut être... Alors que les éditeurs nous expliquent que le prix a augmenté surtout à cause du prix du papier, Xavier Guilbert nous montre, chiffres à l’appui, que celui-ci est juste revenu à son niveau de 2002. On note donc assez logiquement, une hausse globale de la valeur du marché alors que le nombre d’album vendus est en déclin. En même temps, je pense que nous avons tous la même réaction en librairie quand on voit le prix de nos BD favorites...
La surproduction évidemment n’aide pas. Les éditeurs doivent se démarquer de leurs concurrents mais finissent par inonder le marché avec des BD qui ne se vendent pas. Même les gros best sellers n’arrivent plus à convaincre et voient leurs ventes en chute libre. Le prix est je pense un argument non négligeable surtout sur certaines séries dont on ne sait jamais quand elles vont s’arrêter...
Le numérique encore loin d’être entré dans les mœurs des éditeurs.
Duel entre auteurs et éditeurs, enjeux mal compris, le numérique est encore loin d’être rentré dans les mœurs des éditeurs. On voit Glénat et Delcourt qui quittent la plate-forme Izneo (qui avait pourtant bénéficié d’un tas d’aides et d’un lancement en fanfare) et adoptent une stratégie qui va vers la distribution groupée avec Hachette (numérique + physique).
D’un autre côté, les auteurs sont forcés de se débrouiller seuls, inventant un nouveau moyen de consommer de la BD et là c’est évidemment « Les autres gens » de Thomas Cadène qui vient immédiatement en tête. Dupuis s’est collé au projet en adaptant sur papier ce qui marchait online, permettant une viabilité économique à ce feuilleton BD.
Ce qu’il faut retenir c’est surtout que les éditeurs pensent BD numérisées plus que BD numérique et donc ont peur du vilain pirate qui les attend derrière son PC. Sans nier le phénomène, il faudrait peut être revoir les usages et inventer. Quand on voit que Balak a été choisi par Marvel on pourrait se dire que la création pourrait se faire en France avec les talents que l’on a. Ce serait certainement une bonne manière de dépoussiérer un peu cette vision de la BD uniquement pour les enfants, parce que l’adaptation de blogs BD en papier a clairement montré ses limites... Les éditeurs vont avoir là un gros travail de remise en question de leur métier à faire, et vite !
Voici pour les quelques conclusions qui viennent immédiatement à l’esprit et je pense que ce document très complet peut vraiment ouvrir le débat sur ces questions. Mais à l’heure où même les grosses franchises sont en baisse chez tous les éditeurs, il faudrait peut être réfléchir de manière globale au marché et à comment aller de l’avant. Si on continue de nous présenter chaque année à Angoulême un secteur de la BD dynamique, où tout va bien et qu’il faut prendre en exemple je ne suis pas sur que tout ce marché n’éclate pas bientôt...
Evidemment tout ceci est ouvert au débat et nous attendons vos commentaires sur la question ! Et je tiens à remercier Xavier Guilbert pour son étude très précise qui nous permet justement de poser ces questions.