Le 13 février 2025
Si le documentaire parvient avec brio à traduire sur l’écran la réalité quotidienne des habitants de l’Ukraine confrontés aux attaques russes et aux morts de leurs soldats, le format sans doute trop long égare l’attention du spectateur.


- Réalisateur : Sergei Loznitsa
- Genre : Documentaire
- Nationalité : Américain, Français, Néerlandais, Ukrainien
- Durée : 2h19mn
- Date télé : 13 février 2025 23:35
- Chaîne : Arte
- Titre original : The Invasion
- Date de sortie : 6 février 2025
- Festival : Festival de Cannes 2024

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– Festival de Cannes 2024 : Sélection officielle, Hors compétition, séance spéciale
Résumé : Sergei Loznitsa interroge les conséquences de l’invasion d’un pays par un autre.
Critique : Tous les jours, les Ukrainiens enterrent leurs morts. La plupart sont militaires et ont le droit à un défilé à la hauteur du sacrifice de leur vie sur le front russo-ukrainien. Pourtant, la vie semble aussi continuer avec ses mariages, ses classes d’école, ses quelques fêtes. Certes, il y a un goût amer dans la bouche des personnes, les denrées alimentaires manquent, les immeubles sont fracturés par les bombes, et surtout les décès se succèdent sans que personne n’ait le temps de se consoler du dernier mort. À cinquante ans, Serguei Loznitsa n’en est pas à son coup d’essai. Il enchaîne des documentaires, tous aussi précieux les uns que les autres, sur les réalités contrariées du monde, à commencer celles de son propre pays, l’Ukraine. Les maisons sont éventrées, une femme entasse avec beaucoup de patience les pierres arrachées par les bombes pour retrouver un semblant de mur, les familles endeuillées pleurent dans une immense dignité, et les chants religieux se succèdent les uns les autres.
- Copyright ATOMS & VOID
L’Invasion pourrait ressembler à un film de propagande en faveur du régime ukrainien. Sauf que le point de vue du réalisateur est celui du peuple, montrant avec une certaine subtilité l’adhésion des citoyens à la politique de Volodymyr Zelensky, moins évidente que dans le traitement médiatique français. La vraie guerre se joue dans ces destins brisés pour toujours, qu’il s’agisse des militaires blessés, revenus du front pour suivre une rééducation, ou ces familles qui compensent par du bénévolat, un patriotisme assumé, pour faire face à la douleur. Le réalisateur ne commente pas son travail. Il laisse les gens vivre leur quotidien, sans qu’ils n’aient besoin de surenchérir avec des questions réponses. La tragédie de leurs existences se suffit à elle-même.
- Copyright ATOMS & VOID
On sait la complexité de l’art documentaire quand il s’agit de faire des choix dans les images. Pour le coup, une telle entreprise a dû générer beaucoup de rushs et on perçoit la difficulté pour le réalisateur de renoncer à certaines scènes. En effet, si le propos est profond et magnifique, le format du long-métrage est trop dense, privant le spectateur de la moindre respiration. Il faut savoir montrer sans trop en dire pour permettre à l’émotion de surgir. Et c’est là tout le manquement relatif de L’Invasion. On pense au long, très long film documentaire de Steeve McQueen Le Deuxième acte qui est le répondant de la barbarie nazie à la violence russe. Mais les images ne sont pas toutes de qualité égale et l’on craint un certain essoufflement de la narration. L’Invasion est indéniablement un film fort, chargé émotionnellement, mais sans doute parfois trop contemplatif pour rendre la mesure de l’horreur qui se joue en Ukraine.
On est donc ressorti de ces plus de deux heures, à la fois convaincu du talent de Loznitsa, et à la fois assez fatigué d’une telle abomination. La puissance du film est évidente, incontestable même, mais le projet aurait mérité un regard plus épuré.