Le 24 août 2022
Vibrant, écrit d’une plume incandescente qui fait fondre l’enveloppe de chaque chose pour mieux révéler sa poésie, ce premier roman touche à la pureté de l’enfance, à sa beauté d’autant plus belle qu’elle est éphémère, menacée par la bigoterie et la violence aveugle.


- Reprise: 18 août 2022
- Auteur : Tiffany McDaniel
- Editeur : Gallmeister
- Genre : Roman
- Nationalité : Américaine
- Traducteur : François Happe
- Titre original : The Summer That Melted Everything
- Date de sortie : 30 mai 2019
- Plus d'informations : Le site de l’éditeur
Résumé : Été 1984 à Breathed, Ohio. Hanté par la lutte entre le bien et le mal, le procureur Autopsy Bliss invite le diable à venir lui rendre visite. Le lendemain, son fils Fielding découvre un jeune garçon à la peau noire et aux yeux d’un vert intense, planté devant le tribunal, qui se présente comme le diable en personne. Cet enfant à l’âme meurtrie, heureux d’être enfin le bienvenu quelque part, serait-il vraiment l’incarnation du mal ? Dubitatifs, les adultes le croient en fugue d’une des fermes voisines... Se produisent alors des événements étranges qui affectent tous les habitants de Breathed, tandis qu’une vague de chaleur infernale frappe la petite ville.
Critique : Autopsy Bliss, si semblable au Atticus Finch de Harper Lee, est un justicier, le protecteur des oiseaux moqueurs sur lesquels il ne faut pas tirer. Comme la lauréate du Pulitzer, Tiffany McDaniel choisit le prisme de l’enfance pour dire le racisme et l’homophobie, le filtre déformant de la Bible qui parasite les esprits des habitants de Breathed dans l’Ohio. Cet été de 1984, celui où le diable s’est invité chez eux, tout a fondu, même la félicité portée par leur nom, Bliss. Un enfant noir aux grands yeux verts, aussi verts que l’Eden, s’est perdu et a échoué chez eux, Lucifer invité par Autopsy qui voulait se confronter au mal, le voir de ses propres yeux. Pourtant, si Sal a la sagesse de ceux qui ont vécu plusieurs vies, la cicatrice d’ailes arrachées, s’il sait transformer l’existence de l’ange déchu en contes vibrants, abrite-t-il réellement le Mal ? C’est ce que pensent les croyants de cette petite ville de la Bible Belt, menés par Elohim, aveuglés par leur douleur et leur bigoterie, prêts à souscrire à cette version et à tapisser Breathed de rumeurs et de malfaisance.
Fielding, fils d’Autopsy, devient l’acolyte de ce diablotin étrange et touchant – deux enfants qui courent les bois, rêvent aux filles, embrassent la mère, admirent le père et le grand-frère. Le garçon, aujourd’hui vieil homme, se souvient, fait éclore sa mélancolie et ses remords tandis qu’il laisse cet été où tout a fondu ressurgir de son esprit. Il se remémore la maison-voyage, les pièces colorées par Stella qui a peur des caprices du ciel, les lancers de Grand, les lubies de Sal, lubies parées d’une poésie inouïe et déchirante. Sal offre la pluie en cadeau et éclate des ballons jaunes, il recouvre de roses le corps de celle qu’il aime, agite des branches d’arbres pour lui faire du vent et porte la tristesse du monde sur son dos mutilé, Atlas d’un autre temps, d’une autre foi.
Tiffany McDaniel enveloppe les blessures d’une ouate poétique plus légère que les nuages, transforme les taches de sang et les grains de beauté en pépites de chocolat, fait fondre les étoiles en un caramel trop chaud pour que ses héros résistent à sa pluie sucrée. Elle écrit avec une infinie tendresse, une infinie justesse les liens familiaux, l’amour d’un frère pour un frère, d’une mère pour son fils, d’un fils pour son père, d’un homme pour sa femme. Au moins aussi beau que Betty, ce premier roman est semblable à un livre de contes, entre pureté, magie fugaces et mauvais sorts qui finalement flamboient en un bouquet de flammes écarlates.
Tiffany McDaniel - L’été où tout a fondu
Gallmeister
480 pages
25,60 Euros
Spitfire89 26 janvier 2025
L’été où tout a fondu - Tiffany McDaniel - critique du livre
Embarquez avec ce roman !
Une lecture sous forme de conte, dépeignant le portrait d’une petite ville, si le diable existe, à quoi ressemble son visage ? La question hante le procureur Autopsy Bliss, mais il est le genre d’homme à ne croire que ce qu’il a sous les yeux. Un récit d’apprentissage poétique et éblouissant. Racisme, Religion, Homosexualité, Sida, Famille et Amitié.
Un roman sombre et prenant, on retrouve des messages puissants avec l’autrice, une lecture cruel, sensible, tendre et humain, on découvre des métaphores et des symboles. Une plume sans concession, Amour, Mort et Acceptation.
"Le paradis est une bouche essoufflée. C’est le cœur enfoui, où deux âmes se rencontrent, se donnent et se prennent mutuellement des petits morceaux d’elles-mêmes, et pendant tout ce temps, la lumière gravite, scintillant doucement sur les bords."
"Tout amour conduit au cannibalisme. Je le sais à présent. Tôt ou tard, notre cœur finit, sinon par dévorer l’objet de notre affection, tout au moins par nous dévorer nous-mêmes. Les dents sont le miracle du cœur. Qu’une bouche puisse surgir de cet organe sans gorge et avoir faim de la chair de quelqu’un d’autre, du cœur de quelqu’un d’autre, n’est rien de moins qu’un miracle.
"Tomber amoureux est la plus belle aventure de notre espèce, et lorsque l’amour, commençant à bourgeonner, s’enroule délicieusement autour de notre âme, nous cédons aux crocs du cœur et prions – oui, nous prions – devant l’infini pour que tout amour puisse avoir sa chance, sa propre part de miracle."