Le 29 avril 2020
Prototype du film à thèse, L’appât s’inspire d’un fait divers sordide des années 80, mais n’en propose qu’une lecture simpliste et vaguement réactionnaire. Heureusement, il y a Marie Gillain, qui trouvait là son meilleur rôle.


- Réalisateur : Bertrand Tavernier
- Acteurs : François Berléand, Marie Gillain, Philippe Torreton, Daniel Russo, Clotilde Courau, Bruno Putzulu, Richard Berry, Olivier Sitruk, Jeanne Goupil, Isabelle Sadoyan, Jean-Louis Richard, Jean-Paul Comart, Philippe Duclos, Christophe Odent
- Genre : Drame, Policier / Polar / Film noir / Thriller / Film de gangsters
- Nationalité : Français
- Distributeur : Bac Films
- Durée : 1h55mn
- Date télé : 29 avril 2020 20:55
- Chaîne : Arte
- Reprise: 15 février 2023
- Date de sortie : 8 mars 1995
- Festival : Festival de Reims 2023

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Résumé : Tiré d’un fait divers qui s’est produit il y a quelques années, "L’Appât" raconte l’histoire de deux garcons et d’une jeune fille qui assassinent froidement des hommes pour réunir dix millions afin de réaliser leur rêve : faire fortune aux Etats-Unis.
Critique : Quelques années après L627, immersion en forme de documentaire sur la brigade des stupéfiants parisienne, Tavernier investit à un nouveau le polar et s’inspire d’un fait divers qui défraya la chronique dans les années 80 : ce qu’on a appelé "l’affaire de l’Appât", qui fit l’objet d’un livre de Morgan Sportès. Ce long-métrage en est l’adaptation.
À l’époque, trois jeunes gens qui rêvaient d’argent et de vie américaine ont détroussé et tué des notables de la ville, la jeune Valérie Subra, dix-huit ans, usant de ses charmes pour attirer ses victimes dans un piège mortel. La fascination que suscita la criminelle chez un certain nombre de médias nourrirait à elle seule un film, tant elle renvoie à des invariants de la discrimination sexiste qui affleure très nettement dans les titres privilégiés par les journaux : "la beauté diabolique" fut la synthèse signifiante proposée par Paris Match.
Rien de tout cela dans le long-métrage de Tavernier qui se concentre uniquement sur le trio et propose une lecture largement simplifiée de ces assassinats sordides. Nathalie, Eric et Bruno vivent dans un appartement en désordre, regardant en boucle Scarface et s’identifient volontiers à Tony Montana que la jeune femme imite d’une façon maladroite. Les postulats de ce film à thèse sont finalement très limpides, se condensent en quelques formules : cette jeunesse qui est passée à l’acte est globalement décérébrée, elle se gave d’images auxquelles elle s’identifie, rêve de célébrité et le peu de crédit qu’elle accorde à l’existence des individus n’est que le prolongement d’un modèle néo-libéral où le fric est roi. La jeune vendeuse de fringues qui voudrait attraper la lumière se reconvertit dans le subterfuge façon cheval de Troie, tandis que son petit ami a le premier l’idée d’un cambriolage lucratif. Le troisième, Bruno, est le moins fin de la bande. Il est la translation fictionnelle de Rémi Sarraud, dans la vraie histoire. En dépit de quelques effets nerveux, la mise en scène tourne un peu en rond, les crimes se succèdent sans surprise, la jeune femme se préserve du cri des victimes en écoutant de la musique sur son walkman.
À la fin, Philippe Torreton assène la morale du réalisateur en policier tonitruant : sa colère paraît terriblement affectée. On lui préfère la candeur glaçante de Marie Gillain qui densifie cet ensemble plutôt convenu.
- © Tamasa Distribution